The Black Angels: Directions to See a Ghost
Gimmick de critique rock épisode 5: Rock'n'roll is Dead
Qui peut dire exactement quand cette épitaphe racoleuse est
apparue dans le giron des diseurs de mauvaises aventures ? Le service
militaire d'Elvis, la fermeture du CBGB ou la présence de l'iguane au TW
Classic? Chacun doit avoir sa date fétiche. C'est une évidence, le postulat
basse, guitare, batterie et chant a atteint ses limites depuis trop longtemps.
Attaqué, à juste titre, à coup de paradigme, de Radiohead, et de représentativité
musicale par des auditeurs plus en phase avec leur époque, on finit par se
poser des questions. Voire douter. A quoi bon défendre une musique incontestablement
inepte jouée par des ploucs vénérant Spacemen 3 et le Velvet ? Sans être
capables d'apporter la moindre contribution au son actuel.
C'était sans compter sur ces nombreux résistants doués qui ont
pris le maquis de l'underground. The
Black Angels font partie de ce cercle de plus en plus ouvert. Ces six
bouseux du Texas (quasi l'enfer), pas ragoûtants pour un sou, sont du genre à
balayer les incertitudes. Et avec quelle maestria !!! Si leur précédent LP
Passover offrait quelques
échappatoires à la noirceur ambiante (The First
Vietnamese War ou Manipulation), Direction
to See a Ghost est un huit clos insondable dont on ne se débarrasse pas
facilement. Comme un témoin de Jéhovah qui aurait trop regardé l'Oeil du Tigre.
Quand ces anges noirs passent, ils ne réinventent pas la
roue. Ils la font juste tourner comme un parapluie hypnotique qui parvient à
les affranchir avec brio de leurs cousins plus célèbres (BRMC, Black Mountain et
autres Brian Jonestown Massacre). Et
cela principalement grâce au chant protéiforme d'Alex Maas. Casquette vissée et
barbe hirsute, il est capable de visiter tous les registres. Religieux façon
David Eugene Edwards (Woven Hand), délicieusement
irritant à la manière d'un Bobby Hecksher (The
Warlocks) ou gouaillant de manière surprenante comme Eric Idle (Monthy
Python).
Dans ce road movie ambitieux à la bande son marquée par une
batterie martiale et des effets de guitare toujours plus dérangeants, chaque
morceau est un chemin tortueux à souhait qui mène aux esprits les plus célèbres qu'on ne vous fera
plus l'injure de citer.
The Black
Angels, Spindrift, The Quarter After et autres Gris Gris. Voici donc la partie
immergée de l'iceberg constitué par cette scène néo psyché dont les mérites
vous sont tant vantés sur K-web. Aussi disparate géographiquement qu'homogène dans
l'esprit. Cette véritable fondation, dans le sens asimovien du terme, garde précieusement les secrets électriques du
rock vicieusement planant. Telle une forteresse inexpugnable luttant contre un obscurantisme
branché ambiant. L'histoire est un éternel recommencement. On ne remerciera
jamais assez ces maquisards de nous faire patienter. De l'eau doit encore
couler sous les ponts du Styx…


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