Serbis
SERVICE – Au cœur d'Angeles, aux Philippines, la famille Pineda a élu
domicile dans un vieux cinéma qu'elle exploite en projetant des films X. Chacun
vaque à ses occupations quotidiennes et laisse voir peu à peu qui il est
vraiment.

Pellicule rayée, bruit claudiquant d'un projecteur agonisant
sur fond noir : le générique de SERBIS donne l'impression d'être dans un
vieux cinéma de quartier qui passe en boucles des films que tout le monde a
oubliés depuis longtemps. Impression confirmée quelques minutes plus tard, sauf
que c'est d'un cinoche glauque, délabré et porno dont il s'agit. Où l'on vient
se mater de vieux pornaks tout seul ou entre amis tout en se rendant service
(c'est le titre du film en français) les uns les autres.
Furoncle répugnant sur le derche, puis furoncle éclaté dans
une bouteille en verre avec coulées de pus et de sang, vieilles chiottes
dégueulasses qui débordent plein par terre, pompage de sexe flasque en cabine
de projection : rien ne nous est épargné dans le genre crade et misérable.
Le tout filmé caméra à l'épaule, dans un style hyper réaliste et avec un son
même pas un peu travaillé (honnêtement, si on était philippins on n'aurait sans
doute pas compris la moitié des dialogues, complètement écrasés par les bruits
ambiants… mais on n'est pas philippins alors on n'a rien compris du tout aux
dialogues, on s'est contentés de lire les sous-titres).
On pense par moments à Tsai Ming-Liang (THE RIVER, THE HOLE,
I DON'T WANT TO SLEEP ALONE), et en particulier à LA
SAVEUR DE LA PASTEQUE (les bouts de
comédie musicale en moins), pour le regard cru sur les rapports humains (et
plus particulièrement familiaux ici), l'incommunicabilité, le sexe triste et une
certaine solitude urbaine. Mais pas la peine d'être cinéphile émérite pour
réaliser que le travail de Tsai Ming-Liang – dont on trouvera, ceci dit, pour
sûr plus grands fans ailleurs qu'ici – est autrement plus fin que cette mauvaise
tambouille à peine relevée par le sourire provoqué par les affiches de vieux
films érotiques (avec une légère préférence pour celle de « Coco et
Pandanus »… ça ne s'invente pas) placardées sur les murs d'un bâtiment (le
Family, avec le cinéma à l'étage donc mais où l'on sert aussi à boire et a
manger au rez-de-chaussée) dont on ne sort pour ainsi dire jamais.
On s'ennuie ferme et on commence franchement à se demander
où tout ça peut mener. Nulle part évidemment. Du coup, Brillante Mendoza, qui n'a sans doute jamais aussi mal porté son
prénom, nous sort de son chapeau un final où l'image se consume d'un seul coup
dans un cramage de pellicule. Histoire de nous faire croire, sans doute, que
son film est bourré de métaphores et fonctionne à plusieurs niveaux (film dans
le film, ce genre). Mais peu ont été dupes ici à Cannes pour le coup, où le
film récolte quelques jolies volées de bois vert. Ben oui, faudrait voir à pas
pousser non plus : on ne va pas nous faire tous les jours le coup du
pitoyable hold-up de 24 CITY.


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