Changeling

L'ECHANGE – Los Angeles, 1928. Walter, 9 ans, disparaît sans laisser de traces. Christine, sa mère, est effondrée. Commence pour elle une recherche effrénée de son enfant jusqu'à un coup de téléphone qui lui annonce que Walter a été retrouvé par la police. Au soulagement, se substitue rapidement la désorientation au moment des retrouvailles. L'enfant que la police lui restitue devant un énorme dispositif médiatique n'est visiblement pas Walter et les autorités restent sourdes à ses protestations…


Revenu de son doublé disproportionné sur la bataille d'Iwo
Jima, Clint Eastwood aurait pu
réduire ses ambitions d'un cran pour réaliser un film plus modeste, moins
éreintant. Il n'en est rien. La minutieuse reconstitution du Los Angeles du
début des années 1930 est un écrin de luxe pour CHANGELING (aussi connu sous le
titre de travail THE EXCHANGE), nouvelle occasion pour le vieux Clint de se
plonger dans un pur mélodrame à Oscars dans la veine se son très récompensé
MILLION DOLLAR BABY. Thématiquement, le film peut également s'inscrire dans le
prolongement de l'excellent MYSTIC RIVER, mais le classicisme dont à fait
preuve J. Michael Straczynski
(BABYLON 5) à l'écriture du scénario sépare malheureusement les deux histoires
qualitativement parlant.

Tout d'abord il serait injuste de loger tout le monde à la
même enseigne et nous concéderons facilement que CHANGELING offre un rôle
complexe à Angelina Jolie. Rôle si fièrement porté qu'il prouve, plus encore qu'un
MIGHTY HEART, que le visage de l'actrice peut inspirer autre chose qu'un facial.
Il est capable de varier sa palette d'émotions quand on lui sert un personnage
suffisamment bien écrit. Et par bien, je veux dire longuement par opposition au
restant de la meute d'acteurs que CHANGELING se contente d'étiqueter succinctement
avant de les ranger sur des étagères blanches ou noires. Le film est inspiré de
faits réels et ces faits sont forts, dramatiquement parlant. Assez puissants
pour servir de base à un grand film dont Clint à régulièrement le secret ou mieux,
à un roman de James Ellroy. Leur intensité est malheureusement goulument ponctionnée
par le manichéisme outrancier des autres personnages. A la figure excessivement
bienveillante du pasteur (John Malkovich) ou de l'avocat pro deo correspond le
personnel unanimement diabolique d'un asile peuplé de clones de la nurse
Ratched (inoubliable Louise Fletcher dans ONE FLEW OVER THE CUCKOO'S NEST)
partageant télépathiquement la pensée unique des méchants chefs de la police
corrompue. Motivations et nuances sont rares et de ces caractères façonnés à la
truelle ressort une impression de soap pour vieux qui creusera facilement le
fossé entre le spectateur averti et la ménagère qui le remplira de larmes.

On est loin de la dimension des personnages de MYSTIC RIVER,
de l'émotion que leur situation suscite, une sensibilité capable de s'insinuer
sous les carapaces les plus viriles, mais qui prenait aussi le risque de
laisser au repos un public de surface. Ici, comme dans MILLION DOLLAR BABY d'ailleurs,
tout est prétexte à la larme facile gentiment guidée par une énième et pompeuse
variante de ce thème musical que Clint Eastwood musicien colle sur toutes ses
réalisations depuis UNFORGIVEN. Outre les rebondissements à l'arrache coeur et
les coïncidences heureuses in extremis (quand Christine Collins s'évanouit dans
la rue, le pasteur apparaît pour la rattraper, la porte de l'asile s'ouvre 1
seconde avant l'électrochoc, etc), le scénario offre son lot de petites victoires
jubilatoires pour une cible de la taille d'un crop circle. Un gros crop circle.
Autant de satisfactions qui insufflent la dose de lumière salutairement
prescrite dans la misère noire du film. La vérité, c'est que chaque bataille gagnée
par cette femme seule contre tous dans la guerre qu'elle mène pour retrouver
son enfant est prétexte à une scène lourde ou simpliste qui déforce encore plus
la crédibilité du scénario. A ce titre la double séquence de prétoire est
affligeante de vulgarisation juridique et on ne croit pas une seconde aux
timides retrouvailles (le traditionnel regard entendu) entre Christine et sa
prostituée de copine au moment de sa libération. On en est presque à se dire
que l'histoire est belle et que tout s'arrange avec une marche blanche. Sale
temps pour ceux qui se rangent habituellement du côté des vilains. Dans
CHANGELING, ils dégustent presque autant que les gamins disparus alors qu'eux
se la font raconter FRAILTY style. Blâme, humiliation publique, prison, pendaison. Il y
en aura pour tout le monde. CHANGELING est vengeance. CHANGELING est colère. Et
en toute fin, CHANGELING est … espoir ! Pas étonnant qu'on retrouve cette brave bête de Ron Howard à la production d'un film pareil.

Quitte à parler d'échange, on
troquerait aisément les enjeux et le traitement de ce mélo d'époque vraiment
très classique contre une écriture moins grossière et un ton qui appelle moins
la prévisibilité. Mais ce serait réduire les chances d'un candidat sérieux à la
course aux Oscars. Après tout, présenter CHANGELING à Cannes en mai 2008 alors
que le film n'arrivera sur nos écrans qu'en février de l'année suivante n'est-il
pas qu'un copier / coller de la stratégie gagnante adoptée l'année dernière par
NO COUNTRY FOR OLD MEN ? Mais là aussi on échange volontiers.

 

 

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