Spiritualized: Songs In A&E
1997. Jason Pierce, rongé par la dépression suite à de
difficiles déboires amoureux, signe ce qui reste à ce jour son chef d'oeuvre, l'époustouflant
Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space.
Monument de psychédélisme malade et bouillonnant, témoignage bouleversant des
écorchures et du mal-être de son compositeur, l'album devient un classique
instantané. Avec lui, Spiritualized
entre de plain-pied dans une nouvelle ère, époque bénie de thérapie par la
musique pour Pierce et d'addiction sévère pour son auditorat.
L'apaisement, pourtant, sied mal à l'ex Spacemen 3. Let It Come Down
et Amazing Grace attestent ainsi d'une
sérieuse baisse de régime et il faut attendre Songs in A&E pour renouer
avec les virtuosités du passé. Car ce nouvel effort de Spiritualized est, à
n'en pas douter, l'album de la résurrection. Il porte en effet les stigmates du
tourment retrouvé – Pierce se remet avec difficulté d'une double pneumonie qui
l'a laissé pour mort en 2005 – et démontre à nouveau l'incroyable capacité du
bonhomme à se nourrir de ses infirmités morales et physiques pour se
réinventer.
Entièrement composé sur guitare acoustique, Songs in A&E (pour Accident &
Emergency Ward, pendant anglais de nos urgences hospitalières) est assurément
le disque le plus inattendu de la formation. Etonnamment folk, voire quasiment bobdylanesque à l'occasion (I Gotta Fire, Yeah Yeah), il marque le retour à plus de simplicité et de
dépouillement. On retrouve certes les inévitables incursions gospel (Sweet Talk), orchestrations conquérantes
(Soul On Fire) et déchaînements électriques
(You Lie You Cheat), mais ils ne sont
cette fois que les seuls écrins au service d'une perle nouvelle, incarnation déchirante
des traumatismes de Jason Pierce: une voix chétive, fragile et brisée,
magnifique dans ses égarements et ses approximations, qui transfigure chaque
morceau – qu'il soit appel à la mort (Death
Take Your Fiddle, d'une tristesse abyssale), sombre confession (Borrowed Your Gun) ou funeste ballade (Goodnight Goodnight) – et les empreint d'une
émotion vertigineuse, imparable et délicieusement traumatisante. Et lorsqu'à
quelques rares occasions, ce précieux organe se tait, c'est pour mieux faire
place à de discrets mais somptueux interludes instrumentaux (hommages au
réalisateur Harmony Korine qui remit Pierce au travail) qui achèvent de
transcender un discret mais incandescent retour aux affaires en futur incontournable
de l'année.
Soul On Fire


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