Primavera Sound 2008 (Barcelone): [k]ompte rendu
Le Primavera Sound ou bienvenue à La Mecque des musiques
indépendantes. Il faut bien reconnaître que chaque année, en bord de mer, non
loin du centre ville, sous les températures clémentes du printemps barcelonais,
le Parc del Fòrum a quelque chose de paradisiaque pour le pèlerin en quête des
sensations indés du moment. Et avec ses cinq
scènes en continu, l'heure des choix cornéliens n'a cessé de sonner au
Primavera…
Jeudi 29 mai
Après un agréable apéritif
ensoleillé au son des mélodies voluptueuses et éthérées de The Marzipan Man, enthousiasmants espagnols produits par le fidèle
collaborateur des Strokes Gordon Raphael, les choses sérieuses ne tardent pas
suivre : parmi les noms très attendus de ces trois jours, les inévitables MGMT semblent aujourd'hui avoir perdu
leurs réglages de son tout autant que les clés de leur garde-robe (leur look Ugly
Kid Joe vs James fait un peu peine à voir… ). Et si leur guitariste n'évite pas
toujours les fautes de goût, le quintet finit par réjouir la foule quand ils
arrivent enfin à se faire moins branleurs et plus dansants. De loin moins
exhubérants, les allemands de Notwist
font leur grand retour après 6 ans d'absence avec un The Devil, You + Me plutôt réussi. Sur scène, avec un set bien
construit autour de ce nouvel album et de son fabuleux prédécesseur Neon Golden, le quatuor assure dans le
style hybride rock/electronica hypnotique et émouvant. Déjà un grand moment du
festival. Autre retour : celui des légendaires Public Enemy. Venus interprêter intégralement leur classique It Takes A Nation of Millions to Hold Us
Back, Chuck D et Flavor Flav parviendront juste à jouer des clichés
habituels du groupe hip hop new-yorkais (gardes du corps/danseurs en arrière
plan, horloge en guise de collier,etc.). Bon pour le musée Public Enemy ?
Mais déjà minuit se pointe : foule compacte et ambiance fébrile, on sent que
l'événement du festival est proche. Dix ans que Portishead n'a plus foulé le sol espagnol. Habit standard sombre et
lumières sobres, les Anglais restent fidèles à eux-mêmes : de la musique avant toute chose. Et
quelle musique ! Qu'il s'agisse des classiques d'autrefois ou des nouveaux
titres, délaissant le trip hop pour de nouvelles expérimentations, le groupe maîtrise
en diable tandis que Beth Gibbons nous fait à nouveau frissonner. Un moment 5
étoiles. On enchaîne avec les également très attendus Vampire Weekend qui feront planer un vent de bonne humeur sur la
nuit barcelonaise, entre punk gentil et kwassa kwassa congolais. On s'achève
avec les rugueux electroniciens australiens de Midnight Juggernauts qui , en configuration rock clavier/basse/batterie,
hormis un final sous forme de best of
de leurs tubes electro, nous laisseront plutôt dubitatifs…
Vendredi 30 mai
En ouverture de la journée (à 19h
quand même, horaire spanish oblige),
les trois lads des Cribs semblent
avoir quelque peu forcé sur la lager
backstage et s'amusent à détruire gentiment leurs quelques bons morceaux tout autant que leur matériel. Un peu pitoyable. Le pire est pourtant à venir. On
ne sait comment les organisateurs ont réussi à les dénicher, mais ce sont bien
les légendaires Sonics des
sixties que l'on nous propose ensuite.
Et à vrai dire, visiblement tout droit sortis de leur retraite dorée à Miami
Beach, on a de la peine à croire que ces papys bronzés en pantalons à pinces,
emmenés de surcroit par un clône de Pat Boone rouillé, ont inventé le punk. Pas
rouillés pour un sous, Lou Barlow et son Sebadoh
font quand à eux parler sérieusement la poudre …aux yeux, malheureusement. Le
grunge c'est fini, les gars, compris ? Retour aux choses sérieuses avec Why? : batteur /xylophoniste
surdoué, claviers éthérés et conteur slam inspiré y font décidément bon ménage,
malgré un set visiblement un brin trop méditatif pour les fêtards espagnols. Nous,
on en redemanderait en tout cas, mais déjà sur la scène Rock Deluxe, sorte
d'amphithéâtre à la grecque, on se presse : voix subtilement voilée,
déhanchements félins au son d'un backing band blues-rock velouté, Cat Power semble réinventer
magistralement chaque soir les morceaux d'un pourtant faiblard Jukebox sorti dans l'année. Emotion
quand la belle termine son set en larmes, distribuant son bouquet de fleurs à
la foule, incapable d'articuler autre chose qu'un sorry étouffé. On tentera bien ensuite de survivre au groupe le plus bruyant de New York,
excellent pourtant sur disque, mais ce soir les drones
et les basses de A Place to Bury
Strangers sont bel et bien insupportables. On s'enfuit en se bouchant les
oreilles pour écouter les nouveaux venus de Rumble Strips qui malgré l'heure déjà tardive ne ménagent pas leur
indé-rock à l'américaine, énergique, tous cuivres en avant et, cerise sur le
gâteau, propre et net comme il le faut. Agréable découverte avant un bonnet de
nuit dansant avec Supermayer. Le chic
duo formé par les DJ allemands Michael Mayer et Superpitcher, semble vouloir
faire revivre le son funk et l'attitude happy
des heures glorieuses de la french touch,
les samples filtrés pénibles et les clichés en moins, on ne s'en plaindra pas.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que, rehaussé d'animations vidéo de
haute tenue, la formule fonctionne et nous aura épuisés jusqu'à l'aube. Respect.
Samedi 31 mai
Après avoir honteusement loupé Bon Iver, récente révélation folk avec
son For Emma, Forever Ago, pour cause
d'heures de sommeil à rattraper, on se décide à ne pas manquer un autre groupe
à suivre : Fanfarlo, sextuor
folk-pop londonien porté sur les arrangements emphatiques et auteurs de deux
excellents singles. Certes, la formule est quelque peu répétitive, mais on
passe un bon moment de fragilité souriante assumée. A l'opposé, sur la scène
programmée par le festival anglais All Tomorrow's Parties, Kinski sourit beaucoup moins. Quelque part entre une noisy à la Sonic Youth, plaisante, et un
hard basique un peu fangeux, les presque vétérans (dix ans au compteur quand
même) semblent avoir un peu perdu le nord. Nous aussi. Déception et ennui
également avec Menomena et son rock
à claviers beaucoup moins aventureux sur scène qu'il ne veut nous le faire
croire. On jette brièvement une oreille du côté du mur d'ampli de Jay Macis et Dinosaur Jr (mais comment fait ce gars
pour ne pas encore être sourd ?), pour se dire que le surnom de menhir que s'est plu à lui affubler un
petit comique, lui sied à
merveille : crinière filandreuse blanche sur bide à bière copieusement
entretenu et un surtout immobilisme musical sont au rendez-vous, vraiment pas
de quoi nous donner envie de profiter des classiques du culte Where you Been. Tiens, Lou Barlow est de
l'aventure aussi… Et les gars, le grunge, c'est fini, compris
maintenant (bis) ? Retour à plus de musicalité, avec les Tindersticks et leur accompagnateurs.
Stuart Staples et ses hommes (et femmes) font comme d'habitude dans
l'arrangement classe et violoneux. Attention : dream music, ne pas s'endormir tout de même. Pas de risque lorsque
l'on s'approche de la grande scène, labellisée comme il se doit du nom de
l'inévitable sponsor bibitif du festival : Animal Collective a lancé ses machines. Certes, on ne pige toujours
pas trop le truc, mais on est happés par le son et le lightshow tout en néons.
Boucles aussi agaçantes qu'irrésistiblement hypnotisantes, rythmiques
alambiquées sur fond binaire simpliste, chant incohérent et fascinant, Animal
Co reste bel et bien une énigme, qui décidément ne veut se laisser saisir :
la tension monte sans cesse, et pourtant ces messieurs, quand un simple beat
libérateur pourrait faire exulter la foule, se refusent à la moindre
concession. Attitude arty respectable
certes, mais bon dieu, messieurs, le rock, c'est aussi savoir péter un coup de
temps à autre… ce qui semble déjà plus dans les cordes d'un Simian Disco Mobile, en simple DJ set
pour cause d'ennuis matériels : des remixes electro de leur propres hits à
un final sur le Paranoïd de Black
Sabbath, la palette du duo est au moins aussi large que leur talent de DJ dans
un set pourtant un brin trop hermétique. Tout cela avant que le ciel
barcelonais, menaçant jusque-là mais qui ne voulait visiblement pas gâcher la
fête, ne se déchire enfin et laisse se déverser ses torrents sur le Fórum où la
techno deep de Tiefschwarz terminera d'achever les consciences des derniers
festivaliers enivrés par les excès et les musiques d'une édition certes moins
jalonnée de grands moment que la précédente, mais sans conteste plus riche
en valeurs sûres et découvertes indés
que n'importe quel autre festival européen. Viva España!


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