MGMT: Oracular Spectacular
Il n'est jamais trop tard pour
parler d'un disque. Bien au contraire. L'épreuve du temps a bien des vertus. En
particulier celle d'ouvrir les yeux et les oreilles des crédules qui ne jurent
que par leurs médias favoris. Car depuis le début de l'année, on nous en a
vendu du MGMT. Retour du pyschédélisme, nouveaux
génies de la pop, presque tout y est passé. D'aucuns ont même voulu nous
faire croire que l'esthétique du groupe allait faire tache d'huile dans nos
garde-robes défraichies. Heureux les bien-heureux… Quelques semaines après sa
sortie, on se dit déjà que la pochette de ce Oracular Spectacular surclasse en tout point celle, déjà gratinée,
de Sébastien Tellier. Pourtant, en matière de pochettes de disques, on pensait
avoir tout vu : des délires morbides d'Iron Maiden et leur indéfectible
Eddie aux concours de joallerie et bagouses du crunk, les horreurs ne manquent
pas. Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden, binôme composant
le groupe qu'il convient dans le milieu d'appeler Management, ont frappé fort. Pour sûr, d'ici 2020, on rigolera bien
quand on se rappellera la vieille écharpe volée à papa nouée autour du cou et
le short fluo offert en 1994 par tata Monica qu'y arborent les deux cacatoès
new-yorkais, cherchant à nous faire croire, la plume quasiment au cul, que les
plages de Coney Island sont envahies de Papous. Allons bon.
Musicalement, la rigolade se
situe sur un autre plan. La bonne vieille blague du je ne ris pas de toi, je ris avec toi en somme. Car rigolard cet
album l'est assurément. Principalement de par son aspect protéiforme. Sans
complexe et avec une aisance déconcertante, le duo passe des beats et synthés
millésimés 21° siècle, toutes basses et compression ronflantes dehors des
excellents et jouissifs Time to Pretend
(déjà single de l'année ?) et Kids
à la folk lo-fi débraillée des non moins prenant Pieces of What ou Weekend
Wars (qui rappellent à notre bon souvenir que c'est Dave Fridmann, précieux collaborateur des vétérans déjantés de Flaming Lips et Mercury Rev, qui tient ici
les manettes) en passant par un psychédélisme rêveur et gentil sur The Youth ou plus camé sur 4th Dimensional Transition. Dans le
grand zoo tropical de MGMT, un synthé cache presque toujours une guitare, les
boîtes à rythmes se faufilent sous les fûts de batterie tandis que les voix s'amusent
à s'entremêler parmi les lianes. Dans la
démarche, les cacatoès Goldwasser et VanWyngarden tiennent finalement presque
quelque chose d'un caméléon à plume célèbre répondant au nom de Bowie :
brouiller les pistes autant que possible tout en gardant le cap. En ce sens, la
mission est accomplie avec brio. Oracular
Spectacular est un OVNI qui se nourrit de toutes les substances musicales
terrestres où beat radio FM, glam rock et indé lo-fi se côtoient en
permanence… Rien d'absolument neuf au final mais un résultat toujours agréable à l'oreille
et qui a le mérite de n'être en filiation directe avec personne.
Electric Feel


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