Barry Adamson: Back to the cat
Retour en 1997 : le public, pas
nécessairement bien préparé, découvre un film narrant les péripéties
sexuello-schizophrénico-psychotiques d'un certain Fred Madison, saxophoniste de
Jazz dans des bars sordides à ses heures perdues. Le tout baigne dans une bande
originale faite de tout et son contraire : jazz glauque et/ou branlant, bossa
nova déprimante, hard-rock bramé en allemand, Lou Reed (forcément) drogué,
Trent Reznor pas beaucoup plus clair, et même un type chauve qui s'est depuis
largement ridiculisé. Sale, rêche, incompréhensible, mais plutôt fascinant.
Tout ceux qui comme moi ont découvert Barry
Adamson à la vision du LOST HIGHWAY de David Lynch ne pourront probablement
plus jamais faire abstraction de cette première impression, celle d'un mec qui
baise la même gonzesse sous deux incarnations différentes et dont le père est
Gary Busey…
Et comme moi j'ai pu faire le périple mental
remontant comme le saumon rose à mes premiers émois cinéphiliques, Barry
Adamson, lui, revient au chat… bon, autant vous dire tout de suite que je n'ai
pas la moindre foutue idée de ce que ça peut bien signifier ! Il n'empêche,
pour moi le vieux Barry et sa voix de crooner déglingué c'était un peu de la
vieille histoire. J'ai beau avoir un peu suivi l'affaire dans les années nonante,
découvrir ce nouvel effort m'a forcément fait un effet de revenez-y. Mais bon,
le passéisme, parfois, c'est comme un épisode de LOST… on craint que ça ne mène
strictement à rien, on a d'ailleurs certainement mieux à faire, mais c'est plus
fort que nous. Et il s'avère d'ailleurs parfois que l'on nous donne raison.
Retour au chat donc. Eternel retour du
même dirons nous sans trop forcer la mauvaise foi. La musique jazzy et glauque
d'antan est toujours là, les graves d'une voix consciencieusement travaillée
pour évoquer à la fois un autre Barry, mort lui, et, qui sait, un Frank bien
connu pour sa souplesse vocale purement italiote, mort lui aussi. Les claviers
gourds et les cuivres étouffés. Lounge sans être Buddha Bar. Rien à redire,
niveau ambiance, ça pose son homme. S'il faut bien reconnaître que rien n'a
bougé d'un iota, au moins la qualité est toujours au rendez-vous. On pourrait
même dire plus… Car quand il s'essaye à varier ses inspirations, on se dit qu'Adamson
aurait peut-être mieux fait de s'abstenir. Ainsi, Civilization est au final aussi ennuyeux que le laisse supposer son
titre, malgré sa tentative méritoire d'accélérer le tempo et de mêler des
influences soul à l'habituelle rhapsodie de piano-bar malsain. Straight ‘til Sunrise est à ce titre
bien plus convainquant. Mais on vire quasiment dans le comique involontaire quand
People en arrive à donner
l'impression d'une reprise de Comme un
ouragan… Non, au fond, il vaut mieux que Barry Adamson continue à sonner
comme du Barry Adamson, point barre. Trouver une formule qui fait mouche ne va
pas de soi et l'on se montre souvent bien mal inspiré à tenter de faire
l'original.
Retour au chat donc, mais aussi retour à
la chatte, si vous me passez ce jeu de mots un peu douteux légitimé par la
versatilité du concept de genre en anglais… délibérément empreint d'un désir de
sensualité moite et perverse, Back to the Cat s'achève logiquement
par une chanson au titre sans équivoque aucune (Psycho Sexual). Arrangements parfaitement conçus pour générer la sensation
diffuse de sexualité dévoyée, lyrisme de mélodies qui nous convient à voyager
au-delà de la sphère de la simple saillie prolétaire, au-delà de l'imaginaire
de téléfilm et d'une tranquillité laborieuse. On se laisse prendre sans
arrière-pensées à cette célébration d'un amour qui ne mène pas à Rome. Malgré les
quelques errements sus-cités, et par sa capacité à créer l'ambiance parfaite
pour une célébration païenne bobo, le retour à la chatte s'avère ainsi un sain
divertissement à usage de l'édification des masses.
Straight 'til Sunrise


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