The Dodos: Visiter
Visiter est le
deuxième album du duo composé de Meric Long et Logan Kroeber. Le premier chante
et joue de tout ce qui se rapproche d'une guitare tandis que le second frappe
sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à une batterie. Ensemble ils sont
les Dodos. Nom aussi sympathique
qu'il est possible d'imaginer, évoquant aussi bien les délices du royaume de
Morphée qu'un oiseau tellement crétin qu'il n'a jamais pu piger que l'être
humain était sans doute le pire fléau de ce bas-monde. Respect donc aux Dodos
qui perpétuent la mémoire de cette belle naïveté.
Au niveau musical, les Dodos développent
une pop-folk dans le fond assez classique. On est plus d'une fois tenté de
comparer leur musique à Iron and Wine voire Devendra Banhart.
Sur cette base, les deux californiens brodent des réminiscences de blues, de rockabilly
et de country. Dans le fond, rien de radicalement original, si ce n'était deux
choses qui hissent leur second essai discographique au dessus de la mêlée des
similis en tous genres (les accents psychés ne manqueront pas non plus de leur attirer la comparaison avec Animal Collective) et affirment une personnalité forte et propre.
La première tient à la réduction des
effets induite par la congruité du line up. Guitares (et affiliées type banjo,
mini-guitare, crincrin,…) et batterie/percussions, voila la base de la musique
des Dodos. Parfois quelques notes de piano, quelques instruments à vent,
quelques sons de clochettes, mais souvent juste pour dire… Cette réduction des
moyens a pour effet de rendre chaque instrument plus présent, plus intense, de
faire de chacun un acteur à part entière du tissu musical. Banjo de Walking, slide-guitar de Paint the Rust, mini-guitare au son
pourri de Winter, arpèges drakiens de
Jodi, guitares électriques de Fools,… les amateurs de cordes seront
ravis de la variété de sons, de textures, d'effets, de tessitures employés par
Meric Long. Tandis que l'amateur de percussions ne sera pas lui non plus en
reste vu la profusion et l'omniprésence de celles-ci. Le duo fait jeu égal et
chaque morceau devient une tentative de mêler de façon originale les deux
gammes d'instruments. Ce que l'on aurait pu considérer comme une faiblesse
devient la force et fait la véritable richesse de la musique des Dodos, l'inventivité
de leurs compos s'en trouvant du même coup décuplée.
Il y a aussi la parfaite fraîcheur d'une
musique qui, pour être optimiste, n'en oublie pas moins d'être parfaitement
travaillée, ciselée, taillée et produite. Les mélodies délicieuses s'enchaînent
sans faiblir et suscitent un ravissement qui ne se dément jamais. Un peu comme
du Bright Eyes pas déprimé en fait. On
pourrait peut-être reprocher aux Dodos de se laisser aller, à l'un ou l'autre
moment, à des effets pas toujours très bien sentis (sons saturés pas vraiment
nécessaires sur Joe's Waltz, un Park Song qui se complait dans une
introspection mièvre,…), mais ce ne sont que les scories mineures d'un album
qui présente toutes les qualités d'un parfait freshmaker estival, rythmé en
diable, décontracté et naïf. De quoi nous vacciner contre le cynisme ambiant et
partager un temps l'optimisme d'un bestiau sacrifié sur l'autel de son
innocence.
Fools


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