Coldplay: Viva la Vida or Death and All His Friends
On s'était juré de ne pas tomber dans le panneau. Mille fois
on s'était dit, l'heure venue, que l'on ne sombrerait pas dans la facilité.
C'était malheureusement sans compter sur
ce perfide Life in Technicolor qui
ouvre le quatrième album de Coldplay.
Subtil fade in de boucles
électroniques et guitares inversées, rapidement rattrapées par une basse ronronnante
et des percussions conquérantes, on se sent rapidement englouti, comme dans
l'œil du cyclone, par cet instrumental parfait qui immanquablement, et à notre
grand dam, évoque les couches sonores du …Where
The Street Have No Name d'un certain U2.
Le nom est lancé… On avait pourtant par tous les moyens voulu l'éviter cette
diablesse de comparaison dont 99% des médias vont vous abreuver. Pourtant
l'évidence s'impose. Intoxiqué par son statut, certes bidon, de plus grand groupe de rock du monde, la
bande de Chris Martin ne se contente
plus du passage de témoin que lui tendent Bono et les siens, elle se met à
phagocyter tout ce qui a fait des Irlandais les ex-indétrônables poids lourds
de la scène (pop-)rock. La liste des emprunts est longue (vidéos avec Anton Corbijn ;
marketing U2esque, merci Apple ; Chris Martin dans
le rôle du valet de cœur à la Bono…), mais en premier lieu un nom se
détache : Brian Eno (à la
production de ce disque au côté de Markus Dravs). Lui-même qui forgeât
l'identité sonore définitive et les hits les plus marquants d'un U2 en pleine
crise de renouvellement à l'aube de son album le plus marquant : The Joshua Tree. Le terme renouvellement
n'est pas non plus anodin dans le cas qui nous occupe. Après trois albums
puisant souvent dans la même veine, Chris Martin semblait de plus en plus
confiné à écrire des Fix You, copie
carbone de The Scientist, lui-même
polycopié sur Trouble, soit l'exemple
type de la déclinaison sur trois disques successifs d'une seule et même balade
parfaite (qui aura quand même grandement contribué à la starification de son
groupe). Bref, l'auto-parodie guettait les
quatre Londoniens et les gentiment moqueurs bah,
Coldplay, c'est pas un peu tout le temps la même chose, non ?
risquaient sérieusement de se muer rapidement en Coldplay, ça nous les brise menu et si on achetait plutôt le nouveau James
Blunt, chérie ? Et, quand on adopte la méthode d'ascension verticale à
la U2, on ne badine pas avec le panier de la ménagère.
C'est donc dans l'idée de faire du neuf avec cette vieille
casserole expérimentée de Brian Eno (pardon Brian, tu sais qu'on t'aime…) que
semblent être partis Martin et consorts.
En apparence, le but semble atteint : plus varié, plus complexe
dans ses structures, pas de doute, Viva
La Vida a l'ambition de ne plus tourner en rond, même si paradoxalement le
disque s'ouvre et se referme sur deux déclinaisons d'une même plage (Life in Technicolor et son pendant The Escapist). Coldplay, groupe pop,
ferait dans le concept album
maintenant ? Certes la thématique vie/mort réapparaît quelques fois en
chemin et on enchaîne de temps à autre deux morceaux sur une même plage, mais,
dieu merci, on n'en est pas aux branlouilles
prog de Genesis (Qui parie sur Chris
Martin déguisé en fleur pour la tournée ?). Disons plutôt que les quatre
Anglais ont décidé d'ajouter quelques nouveaux ingrédients aux recettes connues
(ces structures moins évidentes, les cordes indouisantes
de Yes, les guitares inversées de Strawberry Swing,…) et puis surtout de
se trouver quelques nouvelles fiches cuisine ci et là (la rythmique en
handclaps sur fond d'orgue de Lost !,
les claviers sautillants de Lovers in
Japan). Rien de bien méchant à vrai dire. Juste de quoi ne pas perdre le
capital crédibilité visiblement en danger auprès d'un certain milieu rock (dont
le groupe est issu, rappelons-le), et continuer à jouer, avec un certain brio,
les équilibristes entre grand public et public exigeant. Mission accomplie avec
cet album qui sait rester abordable et comporte même ses bons moments (Death and All His Friends, Lost !,
Lovers in Japan) à défaut d'être
toujours charismatique et de comporter d'autre véritable hit qu'un Viva La Vida (titre plutôt irrésistible
et que l'on sent déjà hanter les charts cet été, qui prend les paris ?).
Que la ménagère se rassure : la révolution n'aura pas lieu au rayon
Coldplay, elle peut continuer à remplir son caddie les yeux fermés.
Violet Hill


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