Camille @ Les Ardentes 2008

Authentique excentrique, c’est en petit
chaperon orange que Camille débarque en terres liégeoises. Et c’est dans une
robe de soirée en satin noir, dont le ‘déculotté’ plongeant ouvre une perspective inattendue sur le titre de son dernier album, qu’elle en repartira. Et dans l'intervalle ?

Dans l’intervalle, Camille et sa bande – un
petit chauve qui, le plus souvent, joue du piano debout, deux impressionnantes human
beatboxes
, capables de moduler un son de didgeridoo surpuissant ou de
recréer une guitare surf à la Dick Dale (sur une reprise du Too Drunk to
Fuck
des Dead Kennedys détournée du premier album de Nouvelle Vague), et quatre
choristes polyvalents chargés, en plus d'ululer et de claquer de la langue, d'assurer chorés, bruitages et claquettes – auront livré un concert mouvementé et inégal, où l’on passera sans
cesse d’un pur moment de rock’n’roll music-hall (Cats & Dogs) à un étalage de virtuosité buccale dont le caractère un peu
m’as-tu-vu est généralement désamorcé par le groove (Gospel with No Lord) ou le ludisme (Money Note), une
prestation en dents de scie où la gêne ressentie lorsque la
« dinguerie » tourne à la complaisance (Camille, tête baissée, tournant autour de son pied de micro tandis que ses
choristes la traitent de salope) est aussitôt balayée par de vrais
moments de grâce : Home Is Where It Hurts est bouleversant, Baby Carni Bird et Au port idem. Quant à cette version de Pâle septembre phagocytée par l’intensité flamenca
de Winter’s Child, c'est le premier grand moment des Ardentes 2008, tout simplement.

Au final, on est partagé entre deux sentiments : s’il y a quelque chose de fascinant à voir ces chansons s’incarner, prendre
corps, à vérifier un peu incrédule que cette musique inouïe est
bel et bien dépourvue d'additifs musicaux autres que le piano, que le tout
sort effectivement de quelques gosiers surdoués et d’une poignée d’objets usuels – papier
journal, tissu froissé, bassine remplie d’eau, grand carré de plexiglas –
détournés de leur fonction, le contexte festivalier (station debout, ciel
menaçant, public un brin dissipé) ne pourra jamais rivaliser avec le pouvoir
d’immersion et de subjugation d’une écoute au calme, at home, au casque. Ce bémol posé, ce
qu’on a vu ce soir n’entame en rien notre détermination à tenir tête, fut-on seul, à tous
ceux qui trouvent la Parisienne chiante, péteuse, exaspérante : on continuera à affronter crânement les quolibets, jusqu’au
cœur de la rédaK, s’il le faut !

(Vous êtes prévenus, les gars, le prochain qui dit du mal, je lui lave la bouche à la boue.)

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