The Dandy Warhols @ Les Ardentes 2008


Sans vouloir jouer au rabat-la-joie, à l'heure des bilans, on se
permettra tout de même de souligner que deux groupes auront été outrageusement
incompris et boudés par le public liégeois au cours de ces Ardentes 2008, j'ai
nommé le Spiritualized de Jason Spaceman et les Américains des Dandy Warhols.
Point commun entre les deux formations, outre un statut culte dans le milieu indé, l'un et l'autre partagent une forte
tendance à emmener l'auditeur loin, très loin, voire très très loin. Claviers
hallucinogènes, guitares souillées aux décoctions lysergiques, voix perdues dans
un nuage herbacé, ces deux-là sont capables en trois accords de foutre en l'air
vingt ans de campagnes de lutte anti-drogue. Et c'est bien là tout le malheur
des Dandy Warhols au soir du dernier jour des Ardentes. Là où un public en bout
de course s'attend à voir débarquer quelques Californiens survitaminés et se
donner un dernier coup de boost en liquidant ses derniers tickets boissons au
son de leurs tubes pop MTVesque, l'inénarrable Courtney Taylor-Taylor débarque
copieusement défait et se lance en intro dans un Mohammed, plage pour le moins trippante de leur classique Tales from Urban Bohemia. Pas étonnant
que la jeunesse à col en V en reste quelque peu déroutée. Et les quatre de
Portland de ne rien y faire pour arranger leur cas : ça joue avec un
éclairage plein feu sur d'improbables projections vidéo (ah, la natation
synchronisée dans les fifties c'était quelque chose, hein !), ça balance
les tubes Not If You Were the Last Junkie
on Earth
Get Off ou Bohemian Like You avec
une indifférence non déguisée (Taylor-Taylor chante les refrains en yaourt !),
ça marmonne quelque improbable présentation entre un T-shirt à l'effigie de
Bob Dylan et le public. Bref, les Dandy Warhols ont sérieusement l'air de n'en
avoir rien à foutre et le Parc Astrid le lui rend bien. Sauf que. Sauf que… À
partir du moment où les quatre se mettent à balancer de l'acide à la tonne sur
la foule avec des compositions issues du nouveau et pourtant de prime abord décevant
Earth to the Dandy Warhols mais qui
visiblement cadrent mieux avec le gentil état de défonce de la bande, on
commence sérieusement à se prendre au jeu. Et quand ce sont les non moins
étourdissants Horse Pills (cruisin and boozin and rockin on the horse size pills, you could even take more thrills : tout un programme) ou I
Love You
(fantastique) qui sortent du chapeau du guitariste Peter Holmström,
on se dit qu'indépendamment des bas soucis d'entertainment encadré, de show populaire de fin de festival ou que
sais-je encore, on a au moins une fois lors de ce festival vécu un vrai moment barré,
déjanté, je-m'en-foutiste, quasi nihiliste où le terme rock'n'roll prend enfin tout son sens. C'est tout ce qu'on
demandait. Hallelujah!

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