Dour Festival 2008: dimanche 20 juillet (Jour 4)

The Red Frequency Stage, 15h20.
Sivert Hoyem, chanteur de Madrugada (photo), remercie le public et le public le
remercie. Et il peut bien, car Madrugada vient de donner un des tout grands
concerts de ce festival de Dour. Pourtant, c'était loin d'être gagné. Groupe
énorme en Norvège, on avait ici quelque peu laissé tomber Madrugada dans les
abysses de l'oubli après un troisième album qui cherchait maladroitement le
grand public. On y trouvera peut-être (sans doute) la raison pour laquelle le
groupe était programmé à 14h30… autant dire à l'aube! La prestation du groupe
n'en fut que plus belle. C'est en douceur que Madrugada invite à les suivre. En
douceur, et avec une classe folle. Le groupe déploie ainsi son rock langoureux,
superbement écrit, sous la voix chaude, profonde et assurée de son chanteur -
une voix qui peut faire penser à un Nick Cave calme et posé – et sans vouloir
forcer les choses, il parvient à obtenir l'attention et le suivi des
festivaliers disséminés sur l'herbe. Le soleil l'a bien compris, c'est à un
grand moment qu'on assiste, dans une lévitation douce et gracieuse. Le concert
se termine sur une reprise de I Wanna Be Your Dog des Stooges, version
ralentie, dans un style proche d'un blues alourdi, qui achève de convaincre.
Madrugada où la résurrection inattendue. Grand, très grand! (4,5 étoiles
parce que la tâche était vraiment ingrate de se produire à 14h30, le quatrième
jour du festival!)

On est à peine redescendus du nuage
lorsqu'on se retrouve devant le Dance Hall où les (déjà) vétérans de Lofofora
font parler leur poudre metal punk. Valeur sûre dans la famille métallique,
le groupe français fait montre d'autorité lorsque Reuno, leur chanteur, exige
un Circle Pit (l'idée de Circle Pit – une initiative toute métalleuse -
c'est que la fosse, au lieu de se donner au classique pogo, se met à tourner en
rond comme des damnés… revisitant en quelques sortes la Divine Comedie
de Dante et ses sept cercles de l'Enfer)… et il ne faut pas trois secondes
pour que la fosse s'exécute dans un tourbillon impressionnant. L'ambiance est
au bouillant et décuple encore lorsque le groupe entame son titre devenu culte Buvez
du cul
(Eh oui! C'est toute une histoire de repentir mais ça vaut la
peine… «J'en peux plus, j'en veux plus, maintenant je bois du cul!»).
Entre temps, Reuno n'aura pas manqué de remercier tout le monde et de présenter
son groupe «On est les BB Brunes, et on vous encule!» En clair, c'est
pas toujours très fin, mais qu'est-ce qu'on se marre! (3 étoiles parcequ' au
quatrième jour
, on n'en peut plus, on n'en veut plus, mais qu'est-ce qu'on
boit du…)

Les groupes se succèdent lors de
cette ultime journée de marathon. Passons les choses en bref. Sur la Red Frequency Stage,
Jon Spencer (sous la bannière Heavy
Trash
), visiblement coincé dans son trip Happy Days balance un
wack & wall
énergique et saccadé qui laisse finalement assez
indifférent. Sur la grande scène (Last Arena), The (International) Noise
Conspiracy
tentent tout pour combattre cette indifférence devenue généralisée
au bout de quatre jours. Rock stoogien maniéré, jeu de micro ma foi assez
impressionnant, et petit tour parmi le public qui n'en demandait pas tant, rien
n'y fait! On est dimanche, le soleil est enfin présent, Dour reste avachie dans
l'herbe et les suédois n'obtiendront rien de plus: «So you're just lying on
the grass enjoying the sunshine and sweedish rock music I understand»
. Au
Club Marquee, les californiens de Why? déçoivent quelque peu. Leur sorte
de pop hip-hopisante sent un peu trop les bonnes manières sur scène et ne
parvient pas à nous entraîner. On continue avec les suédois de Shout Out
Louds
et leur pop très curiste. Si tout ça n'est pas désagréable à
l'oreille, la performance fait surtout penser à cette remarque de Mark E. Smith
de The Fall: «The fuckin' sweedes! Du rock subventionné par l'Etat! Argh!».
Ce vieux pervers de Mark E. Smith qui n'a pas daigné se bouger jusque dans les
plaines du Borinage. Ça aurait pu… ça aurait dû être le grand concert du
dimanche, où enfin, on allait rendre à Mark E. Smith ce qui appartient à Mark
E. Smith. Mais non… En lieu et place, ce sont les Hollywood Porn Stars
qui profitent de l'aubaine de jouer sur la grande scène à une heure de grande
écoute! En réalité, la grande star de l'après-midi, celui qui a raflé la mise,
c'est Didier Super. Le Dance Hall est plein à craquer et le prêcheur
binoclard du Nord, entre deux provocations pour le sport, balance ses refrains
d'une poésie disons… toute réaliste à une foule réceptive qui en redemande: «Les
arabes, c'est comme les lesbiennes et les drogués, les romanos comme les
artistes et les puuuuuuteuh!… Y en a des biens! Y en a des biens!»
Les
organisateurs peuvent déjà inscrire un nom pour l'édition 2009.

Revenons aux choses sérieuses
(pardon?…) à la Last Arena
The Raveonettes, sans leur chanteuse enceinte, mais avec la soeur de
celle-ci en remplaçante de luxe (point de vue physique s'entend) entame les
hostilités. Rock linéaire, distorsions toutes velvetiennes – école The Jesus
& Mary Chain – et basse monolithique… La tension monte progressivement au
cerveau jusqu'au moment où on se perd complètement dans la fuzz. Mon collègue
m'assure que les danois peuvent être bien meilleurs, particulièrement en club
et avec leur chanteuse. Je ne demande qu'à le croire, reste que l'instant est
déjà pleinement satisfaisant… et plus encore (3,5 étoiles… A vérifier en
club avec la chanteuse, donc…).

Ça se bouscule. Fujiya &
Miyagi
ont pris la scène du Marquee il y a déjà une demi-heure, mais on a
aucun mal à se laisser prendre dans leurs toiles hypnotiques, sortes de Massive
Attackeries
krautrock qui s'étirent sur des beats lunaires,
particulièrement sur un dernier titre de plus de dix minutes qui nous emmènent
toujours plus loin dans notre monde personnel… Oh la belle bleue! (difficile
de mettre des étoiles sur la demi-heure vécue… il y en avait tellement dans
notre tête!)

Après cette expérience proche du
mystique, difficile de rentrer dans le rock très cérébral de Tortoise. Dans
les années 70 on appelait ça du rock progressif, aujourd'hui, avancées
technologiques obligent, on change d'appellation, on appelle cela du math rock,
où que sais-je encore… Quoiqu'il en soit, autant arriver à l'heure à un
concert de Tortoise, car les mélanges sont parfois traîtres. Les BB Brunes
et Dour, par exemple… Il semblerait que le mélange ne soit pas totalement
passé. Pourtant, ce qu'on en a vu et entendu, ce sont des refrains repris en
coeur, de manière assez insupportable, certes, mais repris de bon coeur. 

On quitte ce Dour 2008 sur la
kermesse punk gitane Gogol Bordello. Et finalement, que dire de plus?
Gogol Bordello représente mieux que quiconque l'esprit Dour… Un bordel joyeux
et multiculturel, quatre jours durant jusqu'au bout de la nuit… ou quatre
nuits durant jusqu'au bout du jour? Ça doit être un truc du genre, une
expérience où on oublie la différenciation entre le jour et la nuit, le reggae
et le punk, le metal et la pop, le rock et l'electro. Une sorte de chaudron
magique qui explose en feu de joie. Un truc unique en somme.

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