Dour Festival 2008: jeudi 17 juillet (Jour 1)

Mais qui donc a eu l'idée saugrenue
de programmer le Brian Jonestown Massacre dès l'entame du festival? Il
faut voir Anton Newcombe et sa bande prendre la scène d'un air… euh…
décontracté. Parlez d'un exemple! Jeudi, premier jour du festival, 15 heures…
ça va encore médire dans les médias! «Dour, festival de débauche! Lieu de
non droit! Invitation à l'anarchie!»

De fait, l'an dernier, le festival
avait frôlé l'implosion, le chaos s'installant paisiblement sous forme de marre
de pisse géante dans laquelle certains philosophes de la nature s'amusèrent à
plonger, hygiène limite donc, sécurité pointée du doigt dans les campings et
bla et bla et bla… En un sens, Dour atteignait une sorte d'apogée. Alors,
commencer l'édition présente par le concert des Brian Jonestown Massacre, bravo
l'image de marque!

Les BJM donc, programmés à 15h10
sur la grande scène (The Last Arena), ont visiblement déjà bien entamé la
journée à leur entrée sur scène. Ils commencent d'ailleurs leur set en avance,
déroulant leur tapis psyché sans se presser, et on reste malgré nous quelque
peu fascinés par cette bande de freaks venue d'un autre âge, d'un autre
lieu… en tout cas… d'ailleurs. Accessoirement, entre deux pauses durant
lesquelles Anton a quelques flashes du monde qui l'entoure (un hélicoptère
passe au-dessus de nos têtes… «Hey! FUCK YOU! We don't want you here!»;
un mec dans la foule est déguisé en Mr McDonald… «Hey, look at this guy!
If there's somebody that is really rock&roll today, it's you! Come upstage»
;
et une minute de silence pour les disparus «This place is a cemetery!
Belgium is a fuckin' cemetery… All this for nothing!»
), les BJM
parviennent sans trop d'effort à transporter leur état psychique – voire
physique – vers la foule avachie, le temps de quelques morceaux délabrés psyché
qu'ils allongent – ou pas – à leur guise, selon l'humeur du moment (3,5
étoiles… 4 si ils avaient joués en soirée)
.

Dour, ensuite, c'est 200 groupes
obscurs qui s'étalent sur 4 jours et 6 scènes… Et donc, on se promène… Plus
tôt dans la journée, les bruxellois de Elvis Ghettoblaster ont dû se
battre avec la sono de l'Eastpack Core Stage. Conséquences: leur noise rock aux
touches électro, bien que recommandable sur disque, bastonnait un peu dans le
vide. Sur la même scène, on aura aussi croisé General Mindy – mais qui
sont ces gens? dourfestival.be: General Mindy est un groupe de rock
alternatif issu de la scène anversoise, non seulement influencé par le rock
mais aussi dans une certaine mesure par le jazz –
Ah bon? En passant,
j'aurais plutôt pensé à de la power pop, école américaine. Passons. The
Teenagers
, toujours sur la même scène, semblent quant à eux par trop
occupés à rechercher le tube pour lolitas (tranche 14 – 18 ans) que pour
réellement interpeller (2 étoiles pour l'Eastpack Core Stage).

Sortons un peu de ce bourbier
sonore qu'est la Core Stage
pour nous balader dans les champs… On arrive au Club Circuit Marquee où on
sent la tension monter. Sur scène, Steak n°8 - mais qui sont donc les
personnes qui se cachent derrière un sobriquet si gland? dourfestival.be:
Steak Number Eight est le tout récent vainqueur du Humo's Rock Rally 2008. Il
s'agit d'un groupe de metal de Wevelgem dont la moyenne d'âge oscille autour de
quatorze ans.
- Quatorze ans! Qu'on m'explique comment ce gamin prépubère
parvient à chanter de manière aussi… rauque? D'autant que le groupe assure!
Morceaux bien écrits et énergie métallique qui appelle au loin l'armée du
Mordor … La preuve que Dour n'est pas qu'un festival de débauche. On y fait
AUSSI des découvertes! (3 étoiles – dans ta face!)

La suite, c'est la grande scène
pour Foals (photo), sensation indé anglaise ayant sorti un premier album en
début d'année. Au menu dudit album, post-punk tendance Gang Of Four avec quelques
ouvertures vers les rythmiques Krautrock et une réputation scénique qui fait
son chemin. Et dès les premières mesures (expérimentales pour les uns, test du
son pour les autres), on sent qu'ils ne sont pas là pour rigoler, mais bien
pour mettre le paquet. Compositions exigeantes sans être prises de tête, set
concis, nerveux et sec, Foals offre la première véritable claque de ce Dour
2008. Véritablement impressionnant, avec une section rythmique incroyablement
intelligente qui offre des possibilités d'échappées hors des territoires post
punk. Un groupe à suivre avec intérêt (4 étoiles… parce qu'ils le valent
bien).

On en est où? C'est l'heure de
manger… Tickets bleus pour la boustifaille, tickets rouges pour les godets…
Tout ça par tranche de 10€… Bon, on va arrêter de se plaindre, ça reste un
festival et c'est bien moins pire qu'ailleurs… que partout ailleurs même. Les
frites sont pas foncièrement dégueux en plus… Ce qui nous ramène au Club
Circuit Marquee où les français de Ez3kiel impressionnent avec leur
mélange atypique de trip-hop mezzanien et de post-rock tendant vers le
metal. Sombre, mystique (en cela aidé par des projections particulièrement bien
foutues) et prenant (le prophète a parlé et dit 3,5 étoiles).

Parmi les têtes d'affiche du
festival, on retrouve Goldfrapp. Disons-le directement, entrer dans la
musique de Dame Alison et de sa troupe victorienne (voire raëllienne pour le
coup) nécessite calme et attention… Autant dire que c'était pas gagné à Dour,
sur la grande scène, à l'heure où le peuple est déjà bien entamé. En clair, il
est plus facile d'apprécier Goldfrapp chez soi sur sa chaîne au son OuftiHX que
dans un champ perdu du Borinage sous la pluie. Reste que, après un début
quelque peu laborieux (voix et son peu porteurs), le groupe parvient à amadouer
la foule (c'est là qu'on se rend compte qu'avoir quelques tubes en réserve, ça
aide!). Reste ce bémol: Dame Alison, quand on est moulée comme vous l'êtes, on
évite de porter des uniformes new age sans saveur ni chaleur (2,5 étoiles…
groupe à voir plutôt en salle).

Premier jour, déjà ça de fait… En
sortant, on croise une silhouette étendue, la gueule enfoncée dans la terre
boueuse, sous une pluie fine juste devant les lumières de l'espace presse… Le
gars a l'air de dormir paisiblement. L'image en soi a quelque chose de
rassurant, Dour reste Dour.

Ajouter un kommentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

Créez votre avatar avec Gravatar