Primal Scream: Beautiful Future

Beautiful Future, neuvième album de Primal Scream. Et dès les premières mesures, ces cloches à la Do They Know
It's Christmas?
«Tiens, ils ne nous avaient pas encore fait le coup de
l'album pop eighties à braver le ridicule.»
C'est pourtant pas faute
d'avoir tenter des choses…

Primal Scream est un gang atypique
et chargé de la scène rock british, dans le sens où – plutôt que de se
tenir à une formule bankable tel que nombre de ses contemporains – ce
groupe a tendance au fil des albums à se déployer dans toutes les sphères
culturelles, à tenter les mélanges de styles et d'époques les plus incongrus,
souvent pour le meilleur et quelques fois pour le pire… En vrac, on a déjà eu
droit à de la pop hallucinogène à tendance dance ou dub (excellents Screamadelica
et Vanishing Point), du terrorisme sonore, sorte de cocktail molotov
techno-punk-kraut avec les impeccables XTRMNTR et Evil Heat, et
quelques tribute albums sous influence (les deux premiers albums sans intérêt Sonic
Flower Groove
et Primal Scream, Give Out But Don't Give Up étiqueté
Stones '68-'73 ou le dernier Riot City Blues plus branché roots
'64-'66). Et aujourd'hui, donc, les cloches très Band Aid, des refrains pop et des
sonorités synthétiques qui sentent les années 80 à 100km…

Sauf que le ridicule ne tue pas, et
ça, Primal Scream l'a rapidement compris. Le ridicule, le Scream n'en a rien à
foutre, il le prend, et il l'encule! Résultat: un album une fois de plus intriguant  parce que: 1. surprenant, et 2.
beaucoup moins évident et étiquetable que de premier abord. Derrière les
cloches, les influences se bousculent, des plus variées, au point d'embrouiller
l'esprit et de ne plus savoir qui est qui. Ce Beautiful Future recèle
autant de sonorités '80's les plus pop que les plus exigeantes. On y croise
aussi bien les Dexys Midnight Runners
que Suicide ou PiL, l'Iggy Pop ravagé
du début de la décennie que l'Iggy Pop retapé de 1985. Et tout ça sonne
sensiblement actuel. Comme une remise au goût du jour définitive et respectable
de la décennie honnie. Performance  déjà
impressionnante en soi!

Mais ce n'est pas tout, car
derrière tout ça, il y a les chansons – école brit rock, ce puits sans fond.
Toujours directes ET indirectes, toujours baignées dans l'hédonisme le plus
communicateur, cet album est rempli de petites bombes pop-rock aussi variées
qu'homogènes sur lesquelles plane la voix impeccable de l'hurleur en chef Bobby
Gillespie… Uptown, Zombie Man, Beautiful Summer, le duo
érotique avec Lovefoxxx de CSS I
Love To Hurt (You Love To Be Hurt)…
En fait, même les cloches du début et
l'outrageusement pop The Glory of Love finissent par devenir
irrésistibles. Au final, Beautiful Future peut être considéré comme un
cousin plus ou moins proche de Screamadelica et Vanishing Point.
Un disque lumineusement pop, mais pas
seulement.

Alors voilà, moi ça me fait
plaisir. Qu'un groupe qui ne s'endort pas sur ses lauriers acquis parvienne
encore à prendre ô combien de risques, à surprendre et en plus à réussir son
coup. Reste ce bémol… malgré tout. On peut en effet se demander si cet album
traversera l'épreuve du temps, s'il ne paraîtra pas totalement obsolète – voire
ridicule! – dans cinq ou dix ans… En fait on s'en fout, l'hédonisme
est une philosophie du présent.

 

                                                               Can't Go Back

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