The Love Guru
LOVE GOUROU – Pitka, gourou excentrique spécialisé dans les choses de
l'amour, est amené à s'occuper des problèmes conjugaux d'une star du hockey qui
vient de rompre. Entre deux singeries, il est censé l'aider à reconquérir sa
belle et gagner les play-offs.
Voilà donc qu'arrive sur nos écrans le dernier film de (ou
plutôt avec, écrit et produit par) Mike
Myers, précédé par des augures qui incitent à la méfiance : THE LOVE
GURU s'est vautré au box-office ricain. Certes jusqu'ici les films mettant en
scène l'ami Myers n'atteignaient point des sommets de grâce cinématographique mais
les WAYNE'S WORLD et autres AUSTIN POWERS n'étaient rien de plus ni de moins
que ce qu'ils prétendaient être : d'irrésistibles comédies populaires brassant
l'ensemble du spectre humoristique (de l'humour le plus gras et régressif au
clin d'œil aussi discret que référencé).
De comédies populaires à succès populaires, il n'y a qu'un
pas, que les séries susnommées franchirent en leur temps allègrement. Le bide inattendu
(même si relatif) Outre-Atlantique de THE LOVE GURU avait de quoi intriguer :
que manque-t-il à ce nouveau film qui ne lui a permis de faire sauter la banque
à la manière de ses prédécesseurs ? La réponse, pour aussi frustrante
qu'elle puisse paraître, tient en quatre lettres : rien. Myers et sa bande
appliquent en effet ici à la lettre une seule et même recette de grand-mère ou
de gourou du rire déjà largement étrennée par le passé. A l'ingrédient près.
Casting blindé de bombes aux yeux qui crient braguette (dont la très bankable Jessica Alba), cameos à gogo (Jessica Simpson, Val Kilmer, Kanye
West, etc.), sidekick attendu (Verne Troyer, le mini-moi du Dr Denfer), mimiques
hyper rôdées (toujours les mêmes… à tel point que, pour aussi typés qu'ils soient,
les personnages de la trilogie Austin Powers ou ici du gourou Pitka ne laissent
invariablement à voir qu'une seule personne : l'acteur Mike Myers, dont la
présence quasi envahissante ne sera semble-t-il jamais ne fut-ce qu'un peu
étouffée par les meilleurs déguisements du monde), références
cinématographiques plus (les lettres tatouées sur la main du gourou rappelant
les love/hate de Robert Mitchum dans THE NIGHT OF THE HUNTER) ou moins (un
accouplement de pachydermes renvoyant au couple Cruise-Kidman de EYES WIDE
SHUT) bien vues, autoréférences (un bout du Bohemian
Rhapsody de Queen dans une scène de voiture pour flatter les vieux fans de
WAYNE'S WORLD), gags déjà faits (des éléments – bouffe, dessin, etc. – qui
finissent toujours par renvoyer à une bite ou des couilles, ce genre),
bref : tout dans THE LOVE GURU a un parfum de déjà vu. De re-vu et
re-re-vu même. Ainsi THE LOVE GURU serait en quelque sorte le film de trop pour
Mike Myers que l'on accueille pour la première fois avec un demi-sourire embarrassé :
il ne nous donne à vrai dire rien d'autre que ce qu'on attend à priori de lui,
mais cette fois-ci ça ne suffit plus. Le principe de répétition qui faisait
rire autrefois n'engendrant principalement aujourd'hui que profonde lassitude.
Et les quelques éléments qui auraient pu permettre d'insuffler
un brin de nouveauté au film tombent complètement à plat : la love
story impossible avec Jessica Alba est ennuyeuse à périr, le milieu sportif
investi par le film – comme dans nombre de comédies US ces dernières années -
tout à fait cliché et mal exploité d'un point de vue comique, les scènes à la
sauce Bollywood peu amusantes (dans le même esprit, on préférera le dernier
clip de Devendra Banhart ou cette histoire de Hari Puttar qui n'en finit pas
d'agacer la Warner).
Restent quelques gags réussis (dont cette machine capable de donner la voix-off
de Morgan Freeman au narrateur) et surtout une certaine sympathie que continue
d'inspirer l'ami Myers (gare tout de même à ce que ça ne se mue rapidement en
pitié…).
Devant l'insuccès de THE LOVE GURU, il semble que Mike Myers ait décidé
de relancer la machine Austin Powers pour un quatrième opus d'ores et déjà en
cours d'écriture. Voilà qui est de maigre inspiration : si une nouvelle
aventure de l'agent secret aux dents pourries et chemises à jabot devrait logiquement
lui assurer d'engranger des recettes plus décentes, elle ne fera que retarder
une perspective qui semble aujourd'hui inéluctable pour Myers : se
renouveler, et vite.


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