Mamma Mia!

Une pauvre fille dont personne n'a rien à battre invite trois hommes à son mariage sur une île grecque toute pourrie. L'un d'entre eux est son père biologique, mais ni elle ni eux ni même sa trainée de mère ne savent réellement de qui il s'agit. De toute façon on s'en fout vu qu'il est scientifiquement prouvé qu'on ne peut pas vraiment accoucher d'une histoire cohérente en n'utilisant que des chansons d'Abba.

La comédie musicale a fait un tabac dans 19 pays depuis qu'elle
a été lancée il y a quinze ans par une fan d'ABBA et deux membres cupides du
groupe qui a marqué l'histoire de l'Eurovision de la chanson. Mais soyons
honnêtes, ce qui peut passer sur scène avec des comédiens qui gesticulent et
chantent en live peut tout aussi facilement devenir une flagellation une fois
transposé sur un écran de cinéma. Avec MAMMA MIA! – le film – on touche vraiment
le fond de la douleur qui infecte parfois la périphérie de l'expression
artistique. Qu'on aime ou qu'on déteste le catalogue musical de ABBA n'est pas
vraiment la question. Qu'on le massacre non plus. J'ai même l'impression que la
répulsion suscitée par le premier film de Phyllida Lloyd ne dépend pas même des
affinités que tout un chacun peut avoir avec le genre très particulier de la
comédie musicale. C'est dire si le niveau fécal de MAMMA MIA! frise l'étalon.

108 minutes de pure merde où tout est médiocre depuis le
scénario inexistant, resucée outrancière d'un thème douze fois étalé dans les
mêmes largeurs, aux acteurs massivement insupportables habités d'une hystérie
collective. Meryl Streep si admirablement au diapason dans le dernier film de
feu Robert Altman (A PRAIRIE HOME COMPANION) multiplie ici les pirouettes
ridicules dans sa salopette de vieille gamine hippie complètement imbaisable (il faut la
voir sauter au ralenti sur son lit en se tenant les pieds). A l'opposé du
charme qu'elle a pu dégager chez un Clint Eastwood pour ne faire allusion qu'à un chef d'œuvre
intemporel, elle est le véritable aimant à tornioles du film. Il y en a d'autres qui jouent (ou pas) dans une catégorie inférieure, mais qui contribuent à enfoncer le film toujours plus bas dans le n'importe quoi jusqu'au pied de nez final. Pour la jeune Amanda
Seyfried, pas vraiment de changement thématique puisqu'elle passe des 3 mamans mormones
de BIG LOVE aux trois papas crétins de MAMMA MIA!. Trois acteurs autrefois plus
ou moins respectables (James Bond en a vu d'autres) qui donnent le maximum pour être vraiment cons ou
parfaitement ressemblants.

Image à la guimauve dégueulasse, dialogues de romans photos
et orchestrations ou arrangements dignes des pires Walt Disney, MAMMA MIA!
collectionne les défauts comme des autocollants Panini et accumule les doubles. Et c'est vrai qu'elle colle cette crotte de film avec son soundtrack horripilant qu'on pensait mort et définitivement enterré avec
le disco. MAMMA MIA! te fait plus mal que Madonna (vieille aussi hein, mais plus
franche et limite excitante dans le racolage), il exhume le cadavre d'ABBA pour qu'il te martèle le
crâne sur le trottoir après la projection, qu'il te pousse à boire et à dégueuler sur les vieux qui
en ressortent ravis et fredonnant. Ils sont peut-être déjà plus familiers avec la mort de l'art ou
avec la tombe tout court, mais loin de nous l'envie de leur chercher la moindre excuse. Avec MAMMA MIA!, nous sommes au-delà du Cinéma. Dans les abysses sans nom. C'est, et je pèse mes mots, l'abomination la
plus imposante à laquelle j'ai assisté dans une salle obscure et souvenez-vous que
je me suis un jour assis devant une scène sur
laquelle enfants lépreux, nains barbus, un berger allemand affamé ainsi qu'un club
vaudou haïtien étaient collectivement occupés à redéfinir les bases de la sodomie. J'ai préféré voir ça !

                                                         Dancing Queen – Beurk !

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