Pyramids: Pyramids
On dira que ça
devient une fâcheuse habitude des nouveaux venus de la scène musicale
indépendante de s'inspirer des grands noms de l'underground des années 80-90,
mais on s'en voudrait de passer sous silence ce petit album barbotant dans le
sillon des My Bloody Valentine, The Jesus and Mary Chain, Kyuss, Electric Wizard & cie.
En effet, si Pyramids n'est pas la bombe absolue à laquelle on peut toujours
rêver, il faudrait vraiment être de marbre pour résister au charme ouateux de
cette tentative culottée de concurrencer Loveless
au rang d'album le plus chargé de l'histoire du rock. Il faut donc savoir,
avant toute chose, qu'il demande une résistance assez importante aux sons
distordus, réverbérés, maltraités, passés à la moulinette, mâchés puis salement
recrachés. Ca ressemble parfois à A
Place to Bury Strangers, évoque de temps à autres les Warlocks, c'est surtout
un son poussé à fond les ballons, au plus proche de l'ampli et qui ne lésine
pas à un seul moment sur les effets les plus agressifs. Cette précaution étant
prise, ceux qui n'ont pas détalé pourront profiter à sa juste valeur de ce
petit phénomène de violence sonore nauséeuse.
Tout débute de la
meilleure manière qui soit. Sleds
déroule des couches infinies d'accords distordus péniblement chevauchées par une
voix de fausset essoufflée. C'est profond et paisible, émouvant et serein,
ouvert sur de grands espaces beaux et froids quand, soudain, Igloo fait basculer l'auditeur dans un
enfer industriel digne de Nine Inch
Nails, à grands coups de batteries électroniques frénétiques et monomaniaques.
Cette voix d'une sorte de Matt Bellamy impuissant tente vaille que vaille de
surnager dans cette trame violente de cauchemar urbain. En vain semble-t-il.
Submergée, elle dérive jusqu'à l'asphyxie pure et simple lorsque
miraculeusement les cieux se dégagent à nouveau et que débute The Echo of Something Lovely, brassant
dans son bourdonnement lancinant les souvenirs d'une beauté défunte.
Mélancolique et digne, immobile mais proche de la rupture. End Resolve : promesse de fin du monde. Retour d'un matraquage
frénétique et des soupirs languissants des damnés de la terre qui agonisent
dans un spasme ultime, un gémissement orgasmique final qui se perd dans le
souffle d'un vent qui balaie les possibles. Hellmonk.
Dans un monde plongé dans la violence d'une nuit noire ravagée par les coups
d'un destin inepte, des voix sépulcrales se lèvent pour annoncer l'expiation
finale. Mais pour la première fois peut-être la voix s'articule. Sur This House is like Any Other World, des
mots surgissent pour dire la résistance à cette nappe réverbérée et informe qui
érode la demeure de l'homme. Mais rien ne semble pouvoir empêcher la
contraction jusqu'à l'implosion de ce monde qui vibre d'une cruauté latente et
froide. Un monde post-apocalyptique, à peine vivant, hanté par les appels des
fantômes de ce qui n'est plus qu'un souvenir (Ghost). Plus que les moines qui errent dans les décombres d'un
paysage ravagé (Monks). 1, 2, 3, les prêtres de l'ennemi de
l'homme foulent au pied les pyramides, souvenirs futiles d'une humanité défunte
qui pourrit dans la steppe. Plus de mots, plus de voix, un râle, la violence du
silence, de la nuit, de l'oubli. C'était l'Homme, messieurs dames. Rideau et
bonne nuit.
A noter que le Cd
est livré avec en rab un disque de remixes (plus long que l'original) de très
bonne facture qui renforce le charme dégagé par l'entreprise. On a pu lire à
propos de cet album qu'il avait un petit coté Fuck Buttons électrique. Ce n'est
pas tout à fait faux et c'est encore plus vrai quand on lui adjoint cette
deuxième partie qui gagne à être considérée comme part entière d'une œuvre extrême
qui ne manque pas de faire mal par où ça passe.


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