The Wackness

New York, été 1994. Giuliani vient d'être élu et la ville vibre au son du Hip Hop. C'en est fini des cours. Dealer d'herbe officiel du lycée, Luke se sent hors-cadre. Pas de potes, puceau, des parents endettés et l'université au bout des vacances. De sa rencontre avec un psy, le docteur Squires, Luke a dealé de l'herbe contre des séances. Le docteur lui s'ennuie dans sa vie, son mariage s'effiloche, ses clients se raréfient et le temps passe trop vite (pour lui). Eviter l'effondrement, se sentir vivant, faire l'amour, gérer son blues, vendre son herbe, Luke Shapiro et le Dr Squires vont traverser l'été et la ville à la recherche d'aventures, de filles et d'un sens à leur vie.

Avec un premier quart d'heure fin comme un gag de Mike Myers au cours duquel Shapiro découvre, sur fond de ralenti sursignifiant, une fille capable de fixer l'attention de toutes ses poussées d'hormones, on se demande comment cette histoire de dealer looser va bien pouvoir nous surprendre. Il vient d'avoir son diplôme et il est banni de toutes les fêtes à la mode ? Et alors ? Il en faut non des gars comme ça ? Jusque là, pas de quoi latter un matou. Quoique. Une ambiance ouatée s'impose. Tonalités tantôt froides, tantôt chaudes, un style visuel empreint de nostalgie se dessine et ça commence tout doucement à fleurer bon les années 90. Vieille console à cassettes (y'a bien eu une vie avant la Playstation et les jeux sur DVD), les premiers disques de Notorious BIG que Method man en dealer annonce comme LE nouveau rappeur qui va tout déchirer. Il ne manque plus qu'un bon vieux Runaway Train et je verse une larme, avant de l'essuyer rapidement du revers de la main en jurant que c'est ma lentille qui a bougé. Il y a bien deux allusions à Nirvana, mais Jonathan Levine, son truc c'est le hip-hop et comme le jeune gaillard c'est un peu lui en 94, la B.O. a choisi son camp. Tout en plongeant son récit dans la fiction pure, Levine accorde une attention toute particulière à la dégustation de sa madeleine, ajustant ses souvenirs jusqu'à en faire transpirer l'ensemble du film.

Une histoire banale d'un jeune gars qui flashe sur la mauvaise fille. Elle est trop bien pour lui. Il le sait, mais elle succombe. Alors il commence à y croire. Si ce n'est la justesse du traitement, le film aurait pu en rester là et tomber dans le paquet imposant débordant d'histoires d'ados clichées, mais THE WACKNESS c'est avant tout le récit de deux hommes paumés. L'un, jeune, qui se destine à une vie misérable, l'autre, vieux, qui réalise pour sa part que sa vie part en couilles et qu'il a dû se planter en cours de chemin. Une génération les sépare et pourtant leurs interrogations se font écho. Bien au delà de la simple histoire d'un flirt d'ado, c'est dans la relation qui unit ces deux personnages que réside l'intérêt du film. Le petit dealer et son psy accro à la fumette s'échangent ponctuellement le témoin de la maturité, ne sachant trop quoi en faire, sinon épauler l'autre tout en essayant de se sauver eux-mêmes. Josh Peck, avec son physique ingrat semblant avoir été créé pour rappeler l'existence de la gravité sur nos organes (yeux, oreilles, épaules, fesses…), laisse couler sur lui toute la mollesse de son personnage et c'est bien ce qu'on lui demande. Mais la vraie jubilation vient définitivement de la performance de Sir Ben Kingsley qui porte sur ses épaules tout le caractère gentiment subversif du film, régurgitant avec un décalage bien senti les répliques vulgaires juste comme il faut d'un scénariste bien en verve. Et puis, rien que pour le voir être à deux doigts de se culbuter une des deux sœurs Olsen


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