American Teen

Cinq adolescents d’une petite ville de l’Indiana vont vivre leur dernière année de lycée. C'est le moment pour eux d'apprendre à découvrir l’insécurité, la jalousie, le premier amour, le sexe, l’alcool, la pression parentale et la difficulté de prendre des décisions pour l’avenir.

Du prix spécial du jury au Sundance Film Festival à celui de meilleure réalisatrice de documentaire délivré par la Director's Guild Award pour sa première réalisation, ON THE ROPES, Nanette Burstein est déjà parvenue, en seulement deux documentaires, à s'attirer les sympathies du milieu en se payant le luxe de collectionner récompenses et nominations. Après s'être penchée sur la vie de trois boxeurs du ghetto ainsi que sur celle de Robert Evans qui dirigea les productions des studios Paramount durant la fin des années soixante (THE KID STAYS IN THE PICTURE), elle débarque avec un docu, délibérément axé grand public, traitant des tribulations de quatre ados à deux doigts d'en découdre avec leur dernière année de lycée. Une plongée dans l'univers teen qui lui a valu une nouvelle récompense à Sundance.

Si l'on n'est pas dupe et qu'il est évident que tout film, quel qu'il soit, est porteur du regard de son auteur, on est en droit d'attendre d'un film documentaire qu'il joue son rôle de restitution d'un certain réel, quand bien même celui-ci s'en retrouverait biaisé. A la vue de cet AMERICAN TEEN, on se retrouve pourtant avec un vilain goût persistant de carton pâte. Admettons que Burstein soit tombée sur un casting de rêve lui permettant d'exploiter les méandres d'un épisode de Dawson, tout en colmatant les brèches laissées ouvertes par une histoire de basketteur méchamment clichée. Un demi poil de lucidité suffit pour se rendre compte que moults séquences du film sont étrangement trop bien construites et montées pour convaincre de leur authenticité (L'échange de sms dans le bus, Hannah qui déprime sur la balançoire, regarde au loin,…). Loin de nous (ou pas) l'idée de la traiter de menteuse, mais on préféra penser que les images spontanées ne suffisaient peut-être pas à reproduire les faits et gestes de ces ados et qu'elle a dû penser qu'une petite reconstitution ne pouvait pas faire de mal pour faire tenir le tout. Au fond, son but était quand même de faire un BREAKFAST CLUB des années 2000 non ?

Ceci étant dit, il est sidérant de voir à quel point la réussite d'un ado tient à peu de choses. Ce n'est apparemment pas important d'avoir le menton de Joe Dalton et un père qui se prend pour Elvis si on aligne les lancers francs comme un robot. On peut quand même être considéré comme le mec le plus cool de l'école. Pas grave non plus d'être un vulgaire cageot hystérique qui ne supporte pas que tout ne tourne pas autour d'elle. Ça ne vous empêchera pas, si vous jouez bien des coudes, d'être la caille de l'école que tous les mecs envisagent lors de leurs séquences testing de toute la gamme kleenex. Par contre, si vous vous décrivez ouvertement comme étant un supergeek, que vous arrivez à souligner que la table est plus grasse depuis que vous avez posé votre joue dessus, ça ne vous fera certainement pas remonter dans l'estime des gens qui vous entourent, mais vous avez de bonnes chances de devenir l'attraction principale d'AMERICAN TEEN.

Entre les coups bas de petites pouffiasses qui se croient tout permis et la pression parentale exacerbée qui formate les esprits des gamins, ne leur laissant aucune autre issue que celle de déboucher sur une réussite surfaite, on est à deux pas de frôler l'écoeurement. Pourtant, le grotesque n'étant aussi jamais bien loin, on se surprend à se marrer à la vue d'un gamin dans son costume vert taillé sixties et à se dire que, finalement, si le doute du bien fondé de l'entreprise persiste, on a quand même passé un bon moment. En effet, si AMERICAN TEEN ne va pas beaucoup plus loin qu'une galerie de portraits légère mâtinée de naïves séquences d'animation, Burstein parvient à divertir. On se laisse alors aller à espérer que le petit boutonneux aura encore l'occasion de claquer le cuisseau d'une grosse allumeuse bien torchée. Pas tant qu'on ait pitié pour lui, mais parce qu'on se dit que la différence est tellement ténue entre lui et ses petits camarades de classe qu'il n'y a pas de raison pour que toutes les autres têtes de gland de son lycée arrivent à croquer et pas lui. 

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