Recount


7 novembre 2000. 19H49. CNN prédit la victoire d'Al Gore en
Floride, Etat décisif pour l'obtention de la présidence qu'il dispute à George
W. Bush. Pourtant, 120 minutes plus tard, les grandes chaînes nationales
reviennent sur cette annonce, les dépouillements tardifs ayant rendu les
résultats trop incertains. Une poignée d'heures plus loin, le revirement est
consommé : Bush est déclaré vainqueur en Floride, ce qui le désigne 43ème
président élu des Etats-Unis. Sur le point de lui concéder officiellement la
victoire, Gore est arrêté in extremis par l'assistant de Michael Whouley, son
principal représentant sur le terrain : la projection de la victoire de
Bush est prématurée et l'écart entre les deux candidats s'avère tellement
minime qu'il nécessite un recomptage.

Pour Ron Klain, ancien chef du cabinet de Gore, c'est le
début d'une course folle qui révèlera toute une série de travers (manque de
clarté de certains bulletins, poinçonnage imparfait, personnes disqualifiées
pour le scrutin parce que leurs noms ont été inscrits par erreur sur une liste
de repris de justice), dont certains impliquent à ses yeux et ceux de son
équipe un recomptage manuel dans plusieurs comtés.



Décidément, l'Amérique d'aujourd'hui, comme dans un besoin irrépressible
d'extérioriser ses nœuds intérieurs, n'en finit pas de produire des films
traitant de son Histoire toute récente. Alors que germent sur les écrans de
plus en plus d'œuvres plus ou moins marquées par le 11 septembre, voici que
nous arrive une fiction sur la course à la présidence de 2000 et le fameux scandale
des bulletins de vote dans l'Etat décisif de Floride. Chose étonnante, c'est Jay
Roach
, maître ès comédies désopilantes et délicieusement régressives (on
lui doit les trois AUSTIN POWERS ainsi que MEET THE PARENTS et sa suite MEET
THE FOCKERS), qui s'y colle. Pour le compte de la chaîne HBO. Ainsi, RECOUNT
est à la base un téléfilm, ce que son esthétique – volonté ou non ? -
froide voire moche, en tout cas très seventies, dénote au plus haut point.

Un (télé)film dont – à quelques encablures de l'élection présidentielle
qui opposera en novembre prochain Obama à McCain – on a du mal à penser qu'il déboule en
2008 par hasard. Car RECOUNT a en effet tout du film partisan. Jay Roach se
vautre notamment dans de gros clichés de représentation dans l'opposition
démocrates-républicains. Emmenés par un Kevin Spacey qui semble s'être
particulièrement investi dans le film (sa compagnie Trigger Street Productions
a en partie produit RECOUNT), les démocrates sont cools, tolérants et
terriblement charismatiques. A l'opposé, les républicains sont majoritairement
présentés comme froids, ventrus ou stupides, et en tout cas imbus de leur
personne. Dichotomie grossière maladroitement voilée par une ponctuelle mais
vague volonté de donner dans une nuance qui ne semble être convoquée que dans le but de
s'acheter une crédibilité proche de l'objectivité. Difficile ceci dit d'être
dupe, à moins d'être particulièrement naïf : sa crédibilité, RECOUNT a tôt
fait de la perdre en chemin et le film ne peut dès lors être vu que comme un
plaidoyer pro-démocrate. Jay Roach ne manque d'ailleurs pas de jouer la carte
de l'émotion voire du pathos pour forcer l'identification à Ron Klain (Kevin
Spacey), seul personnage dont il nous est donné de voir des fragments de vie
intime.

Comme chez Michael Moore, difficile ici de ne pas être en
accord sur le fond mais la forme dérange, dessert même le propos. Un fond à
vrai dire peu creusé puisque le film est tout entier construit autour d'un
suspense dont on connaît forcément l'issue. A cet égard, et à cet égard
seulement, RECOUNT est une réussite, parvenant à tenir le spectateur en haleine
deux heures durant avec une histoire dont la fin est d'ores et déjà imprimée dans les livres
d'Histoire.

Rencontre avec Jay Roach et Kevin Spacey durant le 34e festival du cinéma américain de Deauville 


 

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