Mogwai: The Hawk Is Howling

Le Mogwai est un animal
fascinant. On sait ce qu'il advient lorsque ses horaires nutritifs se trouvent
bouleversés. Difficile à vrai dire de faire plus dichotomique…

En 1997, son espèce écossaise affichait
cette dualité sans la moindre vergogne. Apparu furtivement sur un flyer du
Pukkelpop avec la mention post rock, ce rejeton poilu des formidablement sous-estimés
Telstar Ponies savait manier à
merveille les ambiances rêveuses et le fracas de guitares saturées. Comme une
révélation venue balayer quatre ans de post grunge et de brit pop. Comme une
envie de pénétrer dans ce nouveau biotope post rock. Des Red Sparowes au Pelican,
de nombreux animaux extravagants nous guideront à travers ce dédale de groupes
instrumentaux, maniant industrieusement rythmiques complexes, chaos de six
cordes et electronica. Fascinante mais parfois exténuante, cette réserve
surprotégée par les médias traditionnels a seulement été visitée par les aventuriers
en quête de nouvelles sensations. Intégrité artistique n'a jamais aussi peu rimé
avec succès public.

Contraint et forcé de quitter son
milieu naturel devant ce manque d'audience, notre Gizmo va entamer un processus
évolutif passionnant, en six albums qui ont toujours su enserrer les sentiments
au fil barbelé. Il se laissera également apprivoiser par de nouveaux maîtres.
De l'ingé son moyen du week-end sportif (les connaisseurs apprécieront), au
plus grand donneur de coup de boule français après Depardieu (superbe BO de ZIDANE)
en passant plus globalement par un public fidèle, assez nombreux pour remplir
le Cirque Royal.

Après dix ans de dissection
musicale intense, un diagnostic peut enfin être établi. L'espèce la moins
protégée de Glasgow a atteint sa pleine maturité. Elle reste fidèle à son ADN
destructeur et rechigne de plus en plus aux mutations génétiques. Il n'y a plus
de claviers ni de voix retravaillées au vocoder pour entraver la marche des
organes vitaux (batterie arythmique, basse répétitive et guitares bétonnées au
lance flamme). En configuration live, le Mogwai reste toujours un cauchemar
pour le Mosquito (le parasite de Sarkozy pour éloigner les jeunes des
banlieues). Une seule de ses prestations pourrait rendre toute la jeunesse
insensible à cette sale bête issue tout droit de 1984.

Parfait condensé d'une carrière quasi
parfaite, The Hawk Is Howling est tout simplement le  meilleur album de Mogwai. Sa tracklist regorge de titres énigmatiques que l'on investit
pleinement selon ses humeurs. Au hasard : être un poète maudit mort dans
sa baignoire (I'm Jim Morrisson, I'm Dead),
se jeter du haut d'un pont pour la dernière chute (The Precipice), participer à un défilé militaire devant Sean
Connery Roi d'Angleterre (Scotland's
Shame
) ou s'adonner au nouveau sport national américain (I Love You, I'm Going To Blow Up Your School).

Avec un regard aussi terrifiant que la
chouette de TWIN PEAKS, ce rapace hurlant vole sous ses propres cieux. Il vous
fera rentrer dans une intrigue musicale à tiroirs, propice au recueillement et
truffée de moments majestueux. Son propos artistique, moins binaire qu'auparavant,
est digne d'un dialogue de la femme à la bûche : il marquera au fer blanc ceux qui
savent encore l'entendre.

 

                                                                     Batcat

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