Bon Iver: au Botanique (Orangerie) 03/10/2008


Voilà un disque qui aura traversé avec nous toutes les
saisons depuis qu'on l'a découvert au printemps dernier : For Emma,
Forever Ago
, ultime carte postale envoyée à son amour perdu par un homme las,
Justin Vernon, depuis sa solitude et une cabane paumée quelque part en son
Wisconsin natal.
Un Wisconsin dont Vernon et les siens semblent tout droit
débarquer vendredi en début de soirée tant leur Flume d'ouverture semble encore
pris dans la glace, interprété comme au ralenti par quatre paires de mains qu'on
imagine encore engourdies.
Pourtant dès Skinny Love elles apprennent à se réchauffer au
contact de leur instrument : si l'amour y est maigre, guitares et
batteries sont doubles, et notre émotion, du coup, quadruple.
Juste derrière, l'intro de Creature Fear semble renouer avec
une certaine léthargie, mais ses montées brise-glace et un final quasi noise achèvent
de nous immerger pour de bon dans un concert qui n'aura de cesse de faire
galoper des hordes de frissons sur l'échine.
Aux perles de l'album (Lump Sum, Blindsided) succèdent un
nouveau titre (Blood Bank) ou une reprise (Simple Man de Graham Nash chanté par
un guitariste au visage d'ange), avant que le groupe ne tire une première fois
sa révérence via un The Wolves sur lequel Vernon demande au public d'hurler
progressivement à la lune pour un moment, c'est con à dire, bouleversant de
communion.
Fantastiquement entouré tout du long, Vernon revient en
solitaire pour une version toute nue de Re : Stacks avant que le groupe ne
le rejoigne pour un deuxième nouveau morceau (Babies) et surtout un définitif
For Emma, ressassant ce merveilleux leitmotiv : For Emma, Forever Ago.
C'est debout, en demi-cercle, avec une seule guitare sèche
et en compagnie des Bowerbirds qui avaient ouvert les débats plus tôt dans la
soirée, que le groupe saluera pour de bon et en chœur sur le splendide Lovin's
for Fools
de Sarah Siskind. Rassemblés les uns contre les autres, autour d'un
unique micro, comme s'il s'agissait d'un feu de camp finissant.

Inutile de dire qu'après un tel concert, on n'a pas fini de
se repasser, les soirs à la maison, un disque dont l'espérance de vie semble
infinie. Sûr en tout cas qu'avec pareil compagnon auprès duquel se réchauffer
le cœur, l'(h)iver, cette année, ne peut être que bon.

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