The Dears: Missiles
C'est fin 2003, avec leur deuxième
album No Cities Left (mais le premier à être diffusé chez nous) qu'on a
découvert The Dears. D'emblée, on a été charmé par cette pop créative et
aventureuse, capable de passer de l'intimité la plus profonde à des explosions
épiques – comme une expression parfaite du pont qui relie le Soi et le Monde.
Une réussite qu'on savait venir principalement d'un homme, Murray Lightburn,
leader maximus éclairant de son aura la destinée du groupe, avec l'acception
absolue de ses subordonnés.
A l'heure du quatrième album, les
choses se sont quelque peu gâtées. L'enregistrement de ce Missiles a en effet vu la horde prendre le large, laissant
Lightburn seul à la tête du bateau ivre (bien que toujours accompagné par sa
compagne et claviériste Natalia Yanchak). Et le moins que l'on puisse dire,
c'est que cela s'entend. Missiles est le disque d'un homme seul, dont
les mélodies douces et fragiles se déplacent fébrilement sur la corde raide. Et
force est de constater que la chute n'est pas toujours évitée.
Si on retrouve ici tous les
ingrédients connus chez The Dears (une pop travaillée, à la fois épique et
intimiste donc), le groupe (?) s'est cette fois-ci concentré sur un disque de
chansons calmes, aux tempos lents, plus entièrement introspectif donc. Or,
prenant ce parti, Murray Lightburn aurait gagné à laisser vivre ses mélodies
par elles-mêmes, de manière plus dépouillée, plutôt que de rechercher à tout
prix une certaine forme de perfection dans le traitement. Doublement de voix
par ci, effets par là, ajouts d'instruments, de mélodies de voix, structures
toujours mises à mal,… on a en effet le sentiment que ces chansons, à la base
limpides, ont été dénaturées, forcées à suivre une direction qui n'était pas la
leur. Bien sûr, ce procédé était présent sur les disques précédents, mais le
travail de groupe et le tempo des titres rendaient cette façon de faire
beaucoup plus naturelle et moins risquée.
Ici, alors que les mélodies de départ touchent juste, les morceaux
tombent un peu trop souvent dans une démonstration inutile.
Et comme si tout cela ne suffisait
pas, dans ce petit jeu du toujours mieux faire, Missiles n'évite pas certains tics un peu déplacés, pour ne
pas dire ringards (des synthés cheap aux sonorités 80's qui se promènent un peu
partout, un solo de guitare digne de la même époque qui ruine le final de Lights
Off, des sonorités jazz d'ascenseur que ne demandait pourtant pas le
morceau d'ouverture Disclaimer,…). Reste qu'on n'enterrera pas pour
autant The Dears. Les problèmes énoncés plus hauts n'entachant pas la base des
morceaux, c'est-à-dire les mélodies, mais plutôt leur traitement (ou pour être
encore plus exact, le traitement donné à certaines parties de chansons, qui
malheureusement emmènent le reste dans leur chute). Tous les titres ne passent
d'ailleurs pas à la trappe. Dream Job, par exemple, ou encore le très
beau final Saviour font ainsi plus que bonne figure… Evidemment,
il s'agit là des chansons les plus dépouillées du disque. Trop de raison tue
l'émotion…
Money Babies


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