The Cure: 4:13 Dream

Un Underneath the
Stars
, épique ballade dont les deux minutes d'intro n'auraient pas fait
tâche chez le Neil Young période Zuma, puis un The Only One, pop song catchy
dans la veine des têtes de gondoles qui, il y a quinze ans, donnaient le loisir
à Robert Smith de faire des rimes en kiss
tout en s'accrochant innocemment aux charts mondiaux. Voilà une entame honorable et
déjà un constat : de toute évidence, le Cure 2008 sera panaché. A l'extrême
opposé de ces blocs monolithiques qui ont bâti le mythe : ces Seventeen Seconds, Pornography ou Disintegration
qui œuvraient dans une même direction, fusse-t-elle incandescente ou apaisée.
Non, le Cure nouveau sera de ces disques métissés qui, tantôt réussis dans leur
diversité (The Head on the Door, Wish), tantôt bâtards (Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me ; Wild Mood Swings), eux aussi auront
jalonné les presque 30 ans de carrière du groupe ; de ces disques où il
fait bon piocher à la recherche des pépites qu'ils renferment immanquablement,
se dit-on.

Alors on creuse. Un peu désespérément à vrai dire, la veine
Cure ressemblant tellement à une vallée aride depuis bien (trop) longtemps :
avec à peine deux disques pas passionnants pour un sou en une décennie (les
rugueux Bloodflowers en 2000 et The Cure en 2004), le groupe le plus
décoiffé du monde n'a guère plus pu que thésauriser sur son riche passé pour
rester décoiffant, en live tout au moins. On creuse et on se lasse. Les Freakshow, les Switch, horripilants reliquats des essais funky à grosses guitares
de gros Robert, les plus durs et anodins The
Real Snow White
ou The Hungry Ghost
ressemblent à autant de tentatives d'auto-parodies à chronologie variable et manquent
cruellement d'inspiration. Au point qu'exténué, on se retrouve souvent sur le
point de se laisser aller à effleurer la touche stop. A tort bien sûr : un
coup, on tombe avec plaisir sur un Sirensong
et ses hypnotisantes guitares acoustiques, un autre sur un This. Here and Now. With You et se la ligne de basse impeccable
(mais il faut le reconnaître dans la droite lignée de leur Prayers for Rain …de 1989) ponctuée d'effluves électroniques bien
senties et d'un refrain un brin digne de ce nom. Même conclusion sur le
dynamique single Sleep When I'm Dead,
même si sa rythmique semble tout droit empruntée à leur Hanging Garden (1982
quand même…). En comptant les deux titres d'ouvertures, Cure ne fait même pas
du 50%…

Désormais réduit à un quatuor à guitares (exit les synthés),
célébrant le retour de Porl Thompson, LEUR guitariste des nineties, The Cure continue son chemin sans trop se poser de
questions. Suscitant, sur disque, un intérêt certes de plus en plus modéré mais
pas totalement hermétique à la bonne surprise quand du moins Robert Smith et
les siens n'essayent pas absolument  de
travestir leur âge et restent ouverts à leurs aspirations propres, serait-on
amené à écrire. Intituler son album 4:13
Dream
et le conclure par un morceau nommé It's Over a quelque chose de symptomatique. Etonnament Robert Smith
n'a, pour une fois, pas présenté ce disque comme le dernier de Cure. Ferait-il
désormais dans le subliminal ?

 

                                                                The Only One

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