Animal Collective: Merriweather Post Pavilion


La musique populaire a de tous
temps été une histoire de recyclage : des Beatles, conquis dès 1966 par
les expérimentations du Pink Floyd naissant et par la vague psychédélique submergeant
les côtes californiennes, faisant de leur Sgt.
Pepper
une sorte de traité de psychédélisme à l'usage des débutants, à
Madonna, débauchant régulièrement les producteurs électroniques et hiphop les
plus pointus pour servir son gros bouillon aux charts affamés de nouveaux sons (de
Nellee Hooper à Pharell Williams, en passant par William Orbit, Timbaland,
Mirwais ou Stuart Price), les exemples sont légion. Que dire même d'un
Radiohead, groupe certes génial, dont les Kid
A
et Amnesiac jalonneront
vraisemblablement l'histoire du rock, quand bien même ils auront finalement eu pour
principale vertu d'avoir réussi à mettre les sons développés depuis quinze ans
par Aphex Twin ou Squarepusher dans les oreilles d'un public pop-rock peu
enclin à l'aventure sonore ? En somme, l'histoire tend à se répéter
inlassablement : le mainstream,
ces artistes qu'une majorité écrasante du public ira écouter, se régénère à la
source de vitalité que représente l'avant-garde, ces aventuriers, souvent
méconnus voire ignorés, qui privilégient l'innovation, l'étrangeté,
l'expérimentation aux vertus fédératrices
d'une musique empruntant des chemins battus et rebattus par leurs pairs.

C'est clairement au sein de cette
avant-garde qu'Animal Collective trace
sa voie depuis le début de la décennie. Quitte à apparaître aux
yeux de certains, vos serviteurs k-webiens
inclus
, comme d'horribles branleurs maniant l'art de rendre la cacophonie
folktronica plus hype que hype, les quatre de Brooklyn semblaient s'évertuer à
longueur d'albums à fuir l'évidence mélodique et tourner avec malice autour du
pot auquel le qualificatif aux roses n'était
certes souvent pas volé. Nos nerfs et notre background
musical contre l'inventivité
psychédélique, l'histoire en jugera.

Reste qu'avec ce neuvième
album, le désormais trio (le dénommé Deakin faisant apparemment des allers-retours
au sein de la formation) semble avoir pris conscience de son statut et des
attentes démesurées de la presse spécialisée et de son fidèle lectorat (et pourquoi
pas de son nouveau label, le prestigieux Domino). Plus ramassés, plus carrés,
les morceaux de ce Merriweather Post Pavilion
lorgnent bien plus vers les formats et mélodies dans lesquels le public non
averti, ou disons moins averti, se retrouvera. Sans brûler son passé expérimental
sur le bûcher du succès de masse, Animal Collective évacue en douceur les
plages folkeuses bruitistes éthérées de 9 minutes au profit de refrains vocaux
aux accents électroniques, enflammés et fédérateurs, judicieusement placés au
sein de morceaux à l'ambition novatrice non démentie. De la musique en somme écoutable par l'individu n'ayant pas le pouvoir de faire abstraction
totale de ses racines mélodiques. Ce qui n'est évidemment pas pour nous déplaire.

Plage emblématique du
disque, My Girls réussit parfaitement
la synthèse que semble désormais rechercher le groupe : les boucles
electronica y copulent allègrement avec une rythmique quasi hiphop implacable sur
fond d'harmonies vocales tout autant héritées des Beach Boys que d'une longue
tradition gospel et donnent un morceau à multiples tiroirs et aux refrains
inattaquables d'évidence. Un modèle du genre, si du moins celui-ci venait un jour à
exister. Car il faut bien l'avouer, abstraction faite des déchets
inhérents au genre, le constat se répète sur Also Frightened, Summertime
Clothes
, Bluish, Guys Eyes ou Brother Sport, qui, condition sine qua
non d'une assimilation populaire, tracent eux-aussi des ponts évidents entre
futur et tradition : aussi déroutante puisse-t-elle être à nos oreilles, Animal
Collective vient peut-être de créer la musique que nos enfants écouteront en
boucle demain.

 
 

                                                                   My Girls

 

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