Iran: Dissolver


Même
si son nom ne dira sans doute rien à ceux qui lisent ces lignes, Iran n'est pas vraiment un nouveau venu
sur la scène indé. Déjà auteur de deux albums parus dans une confidentialité
proche de l'anonymat, le trio de Brooklyn récemment devenu quatuor suite à
l'adjonction de Kyp Malone, guitariste hirsute de TV on the Radio (Dave Sitek fournit également une certaine aide logistique
à ce dernier-né), existe déjà depuis une petite dizaine d'année, parait-il.
Mais il ne sera tenu rigueur à personne d'être passé à coté des zozos. Il faut
bien dire que si l'on devait connaître tous les projets issus de la pléthorique
scène new yorkaise, notre vie sociale se réduirait vite à celle d'un joueur de WoW.

Mais
que les réfractaires et les puristes se rassurent, Dissolver n'a pas grand-chose
à voir avec l'univers proprement dit de TVOTR ou, à fortiori, avec la hype
inhérente à leur origine géographique. Certes, c'est d'un autre groupe new yorkais
que, stylistiquement, Iran se rapproche le plus, mais lequel est plutôt
synonyme d'ascèse rock indie pure et dure, à savoir Silver Jews. Façon aussi d'amener l'autre influence assez flagrante
présente ici qu'est le monstre Pavement.
Exercice difficile que de frayer dans les eaux balisées par de tels cétacés du
genre. Couillu, peut-être, même s'il s'avère d'une façon générale que ce genre
d'ambition vaut sans doute bien mieux que de s'autoproclamer « Next Big
Thing » tout simplement parce qu'on est jeunes et qu'on n'a aucun respect
pour les vieux. Au rythme auquel défilent les baudruches dans nos esgourdes
ahuries ces dernières années, le projet, raisonnable et sérieux, d'Aaron Aites,
songwriter en chef, ne manque à priori pas de charme. La réalisation, hélas, s'avère
mi-figue, mi-raisin.

Tout
commence bien pourtant. I Can See the
Future
est un très bel hymne indie malkmusien,
l'épure lo-fi à l'arrache en moins. Buddy,
sans doute le meilleur morceau de l'album, est une balade impeccable qui
rappelle très brillamment les plus belles pages pondues par David Berman. I Already Know You're Wrong réussit à
être touchant malgré son coté déjà nettement plus sucré. La production est
soignée, les guitares sont incisives et Kyp Malone truffe les compos de
quelques belles trouvailles. Début plein de belles promesses, mais promesses
non tenues, malheureusement. Si l'album tient bien la route jusqu'à la moitié,
il part en tonneaux dès Digital Clock and
Phone
, instrumental lamentable et totalement inutile. Derrière, Where I'm Going ressemble un peu à du Xiu Xiu raté. Tandis que Can I Feel What ? noie ses bonnes
intentions sous des nappes de guitares dispensables et, au final, une
sensiblerie plutôt dommageable. Le tout se finit sur une touche neuneue qui
déçoit crapuleusement par rapport aux ambitions affichées sur les premiers
morceaux. Ca voudrait ressembler à du Pavement mais ça finit par ressembler à
du Coldplay. Dommage. Le tout reste
sympathique et n'est jamais franchement honteux mais sur le marché surchargé de
la musique indé venue de New York et d'ailleurs, Iran n'a pas vraiment ce qu'il
faut dans le calbut pour faire la différence et s'imposer dans les mémoires mélomanes.

 

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