Franz Ferdinand : Tonight: Franz Ferdinand

Franz Ferdinand,  c'est un
peu comme à l'école. Avec leurs tronches de premiers de la classe et leur manie
de composer (et décrocher) des tubes discoïdes et maniérés, comme ça, à la pelle,
de façon presque mécanique sans même avoir l'air de forcer, ils rappellent le
fayot du premier banc, celui qui avalait le verbiage du prof et répondait à
tout avec un enthousiasme éhonté. Trop de facilité, trop béni-oui-oui,
trop… , c'est logiquement qu'il finissait toujours par se faire casser la
gueule à la récré.

Ceci étant posé, les choses se
dévoilent différemment sur Tonight:
Franz Ferdinand
, troisième album des Écossais. Ici, bien avant les
refrains fédérateurs et les rythmiques catchy, c'est le travail sur le
son qui accroche l'oreille… et intrigue. Une production que l'on doit à Dan
Carey (un producteur et remixeur anglais qui a bossé avec Hot Chip, Kylie
Minogue et Lily Allen, ce genre) et qui offre sa revanche au synthétiseur, cet
instrument honni, représentant à lui seul toutes les horreurs et infamies qui
ont pu prendre forme dans les années 80 (ATTENTION, la liste qui suit
pourrait heurter les personnes sensibles.
En vrac: Duran Duran,
Kajagoogoo, Spandau Ballet, Berlin, Desireless, Europe,…,…,… Ah, les
salauds, ils m'ont épuisé!
). Car du synthé, il y en a partout sur Tonight,
dans tous les coins et les recoins. C'est bien simple, même quand on ne les
entend pas, on sait qu'ils sont là, planqués quelque part, à attendre… Eh
bien, croyez-le ou non, mais ça sonne foutrement bien! Contemporain. Tonight
s'expose ainsi, en assumant si bien le parti pris des sonorités 80's qu'il
les rend terriblement modernes – un peu à la manière du dernier Primal Scream. Les mélodies funky en
ressortent d'autant plus robotiques, froides, déshumanisées… quelque part
entre Talking Heads et Mirwais (ou William Orbit, Jacques
LuCont, bref un de ces bidouilleurs branchouilles que Madonna va
systématiquement chercher pour se re-re-re-refaire une jeunesse – je cite
Mirwais parce que le riff de Ulysses 
fait penser à un de ses titres). Un pied en 1983, l'autre en 2009.
Résultat, l'album sonne comme un tout, compact, unifié, plutôt que comme une
compilation de singles comme c'était un peu trop le cas sur les deux premiers.

Le problème, c'est que la
production est tellement omniprésente qu'elle ne permet pas de distinguer
facilement les chansons les unes des autres, lesquelles suivent presque toutes
la même formule: couplets funky avec ce martellement grosse caisse/caisse
claire (boum/tchak) à chaque temps – marque de fabrique du groupe – et
refrains mélodiques scandés par Alex Kapranos comme pour nous inviter à le
suivre. En clair, les vilaines manies du groupe à rechercher à tout prix le
tube fédérateur n'ont pas été complètement écartées et les chansons ont parfois
du mal à se démarquer les unes des autres.

Malgré tout, au fil des écoutes,
certains titres ressortent, bénéficiant de trouvailles sonores et/ou mélodiques
qui les positionnent au-dessus de la mêlée. Ulysses, tout d'abord, qui
remplit à merveille son rôle de single annonciateur. Viennent ensuite Twilight
Omens
à la mélodie synthétique directe et accrocheuse et What She Came
For
du même acabit mais qui se termine dans une explosion garage punk. Et
puis surtout il y a Lucid Dreams, petit bijou de huit minutes durant
lesquelles le riff de basse synthétique et hypnotique qui porte la chanson se
transforme en une montée acide enivrante. Ici, les expérimentations sonores se
promènent en toute liberté et finissent par s'échapper du carcan pop afin de
fusionner parfaitement pop british et acid house façon Detroit. Splendide.

Ainsi Tonight, s'il ne
tourne pas définitivement le dos à l'usine à tubes chère aux Franz Ferdinand,
voit néanmoins les Écossais visiter des contrées sonores assez inédites. Disque
charnière donc, qui permettra sans doute aux Franz de reprendre où bon leur
semble. Disque définitif aussi, sonnant probablement le glas de ce revival post
punk qui nous occupe depuis cinq ans, tant les expérimentations sonores de Tonight,
dans ses moments les plus effectifs, sont dignes des bidouillages un peu
naïfs des grands aînés (New Order, Talking Heads, le Primal Scream de Screamadelica…),
bouclant ainsi la boucle de fort belle manière.

 

                                                                     Ulysses

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