1990s: Kicks
En communauté française, le bon peuple des
auditeurs (et contribuables) avertis gronde à juste titre. Entre Pure FM qui
lorgne derrière les djeunes de Contak' et Classic 21 qui chasse uniquement les
grands esprits du passé (sans les rendre plus attrayants pour autant), rien ne
va plus. Nombreux sont ceux qui se remémorent la bonne époque. Celle où Les Classics pouvaient côtoyer Sacré Français sans que ça ne choque
personne. De là à dire que scinder Radio 21 a été une connerie monumentale, il
y a un pas que nous franchissons allègrement. Juste une grande distribution
d'œillères pour esgourdes… Chaque composante s'éloignant désormais
inexorablement. Leurs lignes éditoriales très dangereuses laissent le champ
libre aux web radios et risque de transformer le paysage radiophonique
francophone en désert musical.
Il est encore temps de réagir. Chers
lecteurs, prière de mailer vos idées à la rédaction. Les voila, elles arrivent.
Click. « Que les inepties pleines de vide de Delphine Point Barre
retournent dans les magazines féminins. » Pas suffisant… « Que la Beetle qui sort du Car Wash
soit conduite par un Good People? » Le concept du Good People est déjà
assez pédant comme ça. « Que Katy Perry apprenne à jouer avec la flûte de
Ian Anderson? » Je vois où vous voulez en venir petit coquin… « Que
nos très chers programmateurs écoutent intensivement le nouveau 1990s sous
peine de transfert sur La
Première. » On tient là un début de solution.
Approfondissons un peu.
Après la mise en terre de Yummy Fur en 2004, les futurs 1990s avaient le choix entre subir la
paranoïa des longues journées imbibées au cannabis (I am scared of the telephone and I don't even got one) ou se lancer
à la besogneuse dans un nouveau projet. Pour notre plus grand plaisir, ils ont
choisi la deuxième option. Pendant ce temps là,
Alex Kapranos partait surfer sur
la vague dansante avec un destin fort peu reluisant. Méfiez vous de l'Ecossais
qui dort. Malgré ses airs de nerd ayant sorti son training indé du samedi,
Jackie McKeown (chant) a la classe. Ses textes et la pochette du disque sont là
pour en témoigner. S'ajoute à cela une décontraction toute naturelle qui lui a
permis de passer sans broncher le cap souvent redouté du deuxième opus. Enfin
un vrai album de musique populaire décomplexée qui réconcilie toutes les
générations, décongestionnant les genres mieux qu'un rail de colombienne !
Glam, indie rock ou psychédélique n'ont pas leurs places ici. Seule la mélodie
compte.
1990s (sans THE Svp) ont l'art de
multiplier les clins d'œil, que seuls les aficionados de Classic 21 peuvent
aisément reconnaitre. Au Floyd d'abord
(Local Science) et ce son de guitare
reconnaissable entre mille (when the sun
ECHOES, the trees are awakening, listening). Au grand Lou surtout. Kicks se dévoile ainsi comme le Yin
lumineux opposé au Yang sinistre de Berlin.
Il commence d'ailleurs en Europe. Plus précisément dans le Vondelpark d'Amsterdam. L'ami Jackie recherche la sainte Grass.
Visiblement désinhibé, on le retrouve pour une séquence de drague au
lance-flamme pour dancing de banlieue. (Tell
Me When You're Ready). Visiblement, il conclut. Mais The Box, excellent single
plus bolanien que nature, met
de l'eau dans le gaz. You spend my cash, you drive me mad,
you even smoke my grass. Scène de
ménage et discours d'une misogynie impensable. A faire passer les TTC pour des amoureux transis. Un
bouquet dans une main et un poème dans l'autre. Mais tout est bien qui finit
bien. Now always tell your friends you love them. The Kids (sans les pleurs
des marmots de Bob Ezrin, rassurez-vous) n'est pas une sad song. La déprime reedienne
se transforme en réjouissance poppy. Avec une production impeccable en plus. Ce
qui ne gâche rien. Bernard Butler
s'y révélant au sommet de son art.
N'en
jetez plus, la cour est pleine. Nous sommes submergés de mails à la rédaction.
Les quadras demandent instamment de la culture mais aussi de l'énergie pour ne
pas sortir de l'autoroute après le choc de la rubrique Trends Tendance. Les
Puristes à fréquence modulée exigent des pop songs parfaites pour oublier tous
les bons disques du jour. Bon! Rudy et
Marc. Comme on a dit. Ni futur ni passé. Du présent et de la vraie good music.
Et juste pour vous prouver qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas
d'avis… (1990s – pukkelpop 2007)


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