Ghinzu : Mirror Mirror
En Belgique, où on a fait un art du misérabilisme, on n'aime
pas trop les histoires à succès. Ou alors accidentelles et dont le propos est
forcément décalé et excessif… Mais de l'arrogance, de l'ambition et des
moyens pour parvenir à ses fins, ah ça non! «Eh oh, t'es place Poellart ici,
fieu! T'es pas sur la
Croisette!». Ghinzu,
par exemple. Des fils de riches qui la jouent gros bras et vendent 100 000
exemplaires de leur deuxième album, ici ça passe moyen. Dans ce débat stérile,
on a oublié que Blow faisait bien mieux que tenir le cap, dans un
parfait équilibre entre finesse de l'écriture et son ambitieux.
Aujourd'hui, Mirror
Mirror, donc. Si le gros son attendu (sur base des quelques
apparitions live et autres teasers disséminés sur le net) est bien aux
commandes de l'album, Mirror Mirror est plus éclaté qu'on aurait pu le
penser. Les trois premiers titres, dans leur agencement, sont assez révélateurs
de ce constat: Cold Love, en premier simple plutôt réussi, annonce la
couleur : sonorités électro-rock et structure progressive; le deuxième titre et
probable futur single, Take It Easy, est une ballade pop de prime abord
assez anodine, mais dont la mélodie ne vous quitte plus après deux écoutes; enfin,
Mother Allegra est un intermède musical comme on en retrouvera plus
loin.
Après ces trois titres, on rentre vraiment dans le jeu,
comme s'il s'agissait d'un deuxième départ. Mirror Mirror se partage alors
entre morceaux de bravoure, sortes de petites machines de guerre pour festivals
(Mirror Mirror, The End Of The World, This War Is Silent,…
on y revient un peu plus loin) et titres plus abstraits, expérimentaux ou
simplement ludiques (les harmonies prog de Dream Maker, Birds In My
Head), histoire d'accentuer l'ambiance ou de simplement boucher les trous.
On a même droit à un morceau en français déclamé avec un accent franco-espagnol
qui rappelle David Ricci chantant «Yé né bandé plou»! Je t'attendrai
ça s'appelle… Si c'est sérieux (ça l'est pas), c'est navrant. Si c'est pour
le fun… Ben allez-y franco les gars! David Ricci, Je ne bande plus!
(disponible sur la première K7 demo des Chamalow, Peuple de l'Ombre,
1992… Je serais ravi de partager cette merveille avec la terre entière dès
que je trouve un moyen de la convertir au format mp3! NdR.)
Revenons à nos moutons. Plage quatre, chanson titre. A ce
moment, Ghinzu, qu'on aurait pu penser dans le giron d'un Muse avec cet amour pour les structures aventureuses et le gros son
pour stades, se dévoile surtout comme une excroissance continentale (et plus
ouvertement rock) de la scène New Rave anglo-anglaise. De ces Klaxons, Shitdisco et autres Late Of
The Pier, champions d'un electro-rock «rentre dedans» et passablement
lourd(aud), Ghinzu exploite le meilleur… et aussi le pire. En clair, c'est
aventureux (dans les structures et les mélanges) et d'une efficacité
redoutable, mais sous ce char d'assaut tiré par une énorme basse, on ne trouve
au final que vide et poussière. Mirror Mirror (la chanson) en est
peut-être le meilleur exemple: derrière une intro qui monte, monte,
monte au-delà du rouge, le morceau charge comme un taureau irrité qu'on aurait
lâché dans une arène vide. Si tout cela devrait faire un carton chez les 14-18
ans dans des festivals à 75€ la journée (169€ les quatre jours), le quidam qui
recherche autre chose qu'un moyen pour tenir le coup jusqu'au bout des quatre
jours détournera probablement les talons dès le premier refrain. Un son
boursouflé, un peu vain, maladroit dans sa manière de vouloir à tout prix
relever les chansons. Surtout, un manque de finesse et de réelle teneur dans le
propos.
Finalement, c'est en fin d'album qu'on trouvera, les deux
meilleurs morceaux de Mirror Mirror: le jouissif Kill The Surfers et
son association boogie-electro-noisy assez inédite et Interstellar Orgy,
longue litanie psyché qui permet enfin de pleinement apprécier le
travail effectué en studio.
Disque à aucun moment vraiment désagréable mais jamais (au
grand jamais!) vraiment génial non plus, Mirror Mirror semble se
contenter d'une efficacité en surface. Il manque surtout
un Blow, un Dragster Wave, bref, un ou deux titres de réelle
envergure pour permettre à ce troisième
album de faire meilleur office qu'une simple offrande à la plèbe, capable de
faire illusion un temps seulement. Il
semblerait que le misérabilisme tire encore pour un moment les rênes dans nos
contrées.


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