Outrage
AUTOREIJI – Otomo (Beat Takeshi) dirige son propre clan de Yakuzas, mais à l'échelle de l'organisation criminelle de Tokyo, il n'est qu'un sous chef à la merci des ordres et des stratégies de ses supérieurs. Direct et efficace, Otomo hérite souvent des sales boulots. C'est l'un de ceux-ci qui va mettre le feu aux poudres et déclencher une guerre des gangs sans merci…
Dix ans après avoir exécuté son alter ego Beat Takeshi dans le final de BROTHERS (seule expérience américaine du réalisateur), Takeshi Kitano le ressuscite brièvement en revenant au genre qu'il maîtrise le mieux à savoir le film de Yakuzas. Il faut bien le dire, la dernière décennie a permis à cet artiste touche à tout de l'être encore plus, mais les derniers Kitano ont fini par souiller une filmographie qui se voulait exemplaire depuis la fin des années 80. DOLLS, ZATOICHI, BLOOD AND BONES, GLORY TO THE FILMMAKER et TAKESHIS… que des attentes et autant de déceptions.
Si au figuré OUTRAGE stoppe l'hémorragie, il nous replonge au propre dans un bain de sang qui découragera plus d'un spectateur étranger au style du réalisateur de VIOLENT COP. L'utilisation de la violence ponctue le film qui se résume à une série de vas et viens vindicatifs au sein de la mafia organisée de Tokyo. Cette guerre des clans, Kitano la présente comme un cercle vicieux, une spirale accélérée tantôt par une brutalité froide, tantôt par l'absurdité d'un système hiérarchique qui voit ses traditions criminelles les plus anciennes s'effilocher (pour un doigt coupé, t'as plus rien). OUTRAGE sonne le glas du clan criminel en tant que famille de substitution et annonce l'avènement de l'individualisme dans la mafia. Au final, c'est chacun pour soi et cette logique est écrasante n'en déplaise au personnage principal (joué par Kitano aka Beat Takeshi aka Otomo), victime de son conservatisme et incapable de sauver les pièces de l'échiquier qui l'entoure. Par pièces, entendez ses hommes et sa famille, mais dans le cinéma de Kitano, la vie humaine a valeur d’objet et encore, pas des plus précieux.
OUTRAGE est barbare et subtil à la fois. Il en dit autant sur le cinéma japonais que sur le parcours du réalisateur ou l'évolution des Yakuzas. Kitano signe une réalisation impeccable. Unique dans le cinéma asiatique voire mondial. Il alterne chocs hors champs et violence graphique de manière à surprendre le spectateur à chaque coups sur ce qu’il a anticipé. Cette volonté d'étonner, on la retrouve dans l'absence de showdown à la fin. La conclusion est bavarde, mais utile. Une décision osée qui sert le film, car elle pointe clairement un message déjà présent en sous texte, mais qui aurait du être déduit après analyse.
On résume. Chocs visuels. Choc des cultures et choc sonore. Le son est un véritable adjuvant. Il est particulièrement travaillé sur OUTRAGE et il contribue énormément à la tension permanente qui règne de bout en bout. A part le rôle de l’ambassadeur africain, il est difficile d’éprouver de la sympathie pour les personnages. Ce sont des animaux, des clichés ou des symboles et ils aboient ou se tapent les uns sur les autres en permanence. C’est leur seule forme de communication.
Avec OUTRAGE, Takeshi Kitano n’oublie pas son légendaire sens de l’humour noir. Le film est truffé de déclencheurs pince sans rire et c’est peut-être l’élément le plus important. C’est ce qui le distingue de la série des BATTLE WITHOUT HONOR de Kenji Fukasaku ou des nombreux films américains auxquels Kitano rend hommage (la scène du dentiste renvoie à MARATHON MAN, le chantage de l’ambassadeur à THE GODFATHER, etc). Replacée dans la filmographie de Kitano, OUTRAGE est son oeuvre la plus cohérente, mais ce n’est pas qu’une synthèse qui se vendrait comme une compilation. C’est le nouvel album d’un artiste culte ou à découvrir de toute urgence.


Ajouter un kommentaire