Oncle Boonmee

LUNG BOONMEE RALUEK CHAT (PALME D'OR) – Oncle Boonmee souffre d'une insuffisance rénale. Comme il pratique avec
passion le yoga, il est très conscient de son corps. Il sait qu'il va
mourir dans 48 heures. Il appelle ses parents éloignés et leur demande
de le ramener de l'hôpital pour qu'il puisse mourir à la maison. Là-bas
ils sont accueillis par le fantôme de sa défunte épouse, qui est
réapparue pour s'occuper de lui. Son fils mort revient aussi de la
jungle sous la forme d'un singe. Le fils s'est accouplé avec une
créature connue sous le nom de "fantôme singe" et a vécu avec elle dans
les arbres pendant 15 ans…

Fallait-il vraiment s’étonner que dans la compétition officielle cannoise, ce soit le seul film avec une dimension imaginaire qui se soit attiré les faveurs de ce grand rêveur de Tim Burton et de son jury ? En y réfléchissant bien, pas vraiment. Dans la pauvreté de cette sélection, ONCLE BOONMEE QUI SE SOUVIENT DE SES VIES ANTERIEURES (titre complet) a du aider Tim Burton a se souvenir de ses anciens films, les bons. Projeté en fin de festival en séance de 22h30, BOONMEE partait pourtant avec un sérieux handicap. Pendant la projection officielle, ça ronflait pas mal et plus de la moitié du public éveillé a quitté la salle par colonnes entières durant la première heure de film. Il faut dire que BOONMEE, comme les précédentes réalisations de Apichatpong Weerasethakul (ci-après désigné comme le réalisateur thaïlandais en raison d'une certaine paresse et des nombreuses déviances sexuelles phonétiquement induites par ce nom) verse dans le cinéma hyper contemplatif. Entendez par là des plans interminables et un rythme catatonique des dialogues pas toujours évidents à replacer dans un film qui change plusieurs fois de contexte, de lieu ou d’époque. Il faut être en forme pour voir ce film et nous autres malheureux festivaliers n’avons pas forcément accès à la même coke que le jury qui a assisté à la projection sans ciller.

BOONMEE est un film de fantômes, mais pas un film d’horreur. Il y a bien cette scène repoussante durant laquelle une princesse à tête de ruche se fait sauvagement enfiler par un poisson chat qui parle, mais il paraît que la séquence est poétique, alors c’est vraiment super. Une anguille noire et un brochet seraient passés par là que les spécialistes auraient trouvé la scène tout aussi belle, voire plus hypnotique encore.

Pour celui qui est familier avec le cinéma du réalisateur thaïlandais, BOONMEE est l’occasion de revisiter un style et des thèmes déjà présents dans TROPICAL MALADY et la plupart de ses autres films (la jungle habitée, le retour à l’état sauvage, la bestialité, les créatures mythologiques, les moines, l’absence de chronologie, la peur du mystère, etc). Le réalisateur thaïlandais signe ici ses plus beaux instants lorsqu’il met en scène, parfois avec un humour délicieusement exotique, des créatures de légende qui hantent la jungle tropicale comme cet homme singe aux yeux rouges brillant dans la nuit. La (longue) première scène du film qui se passe autour d'une table à l'extérieur est, selon moi, la plus réussie.

BOONMEE n’est pas qu’un film d’ambiance qui se contente de multiplier les belles images et d’exciter les cannologues les plus irrémédiablement atteints. Derrière cet oncle mourant qui se souvient des fantômes de sa vie presque éteinte réside une réflexion philosophique sur la perméabilité du passé avec un au-delà qui n’existerait que dans le coeur des hommes… de leur vivant. L’oncle Boonmee arrive d’ailleurs à la conclusion selon laquelle les fantômes ne sont pas attachés aux lieux, mais aux personnes et qu’une fois que cette personne a cessé d’exister, elle se sépare aussi de ses fantômes pour rejoindre au mieux le souvenir d’un proche encore vivant.

110 minutes de ce machin là à 22h30 quand on s’est déjà tapé 4 autres films sur la journée, ce n’est pas à franchement parler ce qui restera gravé comme notre plus belle expérience Cannoise en 2010. Mais le réalisateur thaïlandais est un habitué du festival de Cannes. Il y a déjà chopé des prix auparavant, y a projeté la plupart de ses long métrages et il a également fait partie du jury en 2008. Il ne lui manquait plus que la Palme d’Or et une invitation à vie à rejoindre la Sélection Officielle. Tim Burton a logiquement comblé ces lacunes et, avec un peu de recul et une bonne cure de vitamines, c’est peut-être la décision la moins débile de ce Jury 2010.

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