Cannes 2011 – Martha Marcy May Marlene

[Un Certain Regard]

Il suffira d’une seule chanson pour comprendre comment Martha a pu tomber dans ce piège. Une seule chanson, magnifiquement interprétée par John Hawkes, le gourou de cette secte miniature aux airs de communauté hippie. Une chanson qui glace le sang, tant pas sa beauté que par le danger qu’elle représente. C’est cette chanson qui transforme Martha en Marcy May. Dans les yeux de Elizabeth Olsen, on lit la peur et la curiosité. Peur de s’isoler avec un groupe qu’elle connaît à peine. Curiosité de découvrir un autre mode de vie, loin de son passé difficile, entre une mère décédée et une soeur trop adulte.

Mais c’est par la fin que débute le film de Sean Durkin. Quand Marcy May veut redevenir Martha. Après une course dans les bois jouxtant la ferme où elle (s’)était enfermée, Martha/Marcy May se fait rattraper par Watts, l’autre homme fort du groupe. On s’échappe difficilement d’une secte et un retour forcé serait logique. Pourtant, Watts laisse partir Marcy May. Libre à elle de redevenir Martha. De toute façon, il le sait, cette expérience laissera des traces.

C’est sur cette période que se penche Sean Durkin. L’après. Quand la soeur de Martha vient la récupérer au milieu de nulle part pour la ramener dans sa villa de vacances. Mais comment retourner à un mode de vie normal quand on a connu, pendant près de deux ans, un mensonge. Comment oublier un passé qui était un quotidien il y’a encore quelques heures. Comme un enfant rebelle, Martha s’énerve, s’inquiète, essaye de retrouver ses repères. Son comportement, expliqué par des flahsbakcs révélant les rituels de la ferme, dévoile une fille brisée. Un fantôme hanté par elle-même. Martha, Marcy May, Marlene. Autant de vies, de traumatismes, de secrets.

Sean Durkin signe un film brillant en tout point. Un de ces premiers films qui force le respect. Martha Marcy May Marlene (je répète souvent ces noms, le titre est génial) est une claque qui arrive au ralenti, mais dont l’impact laisse une trace. Une manière de résumer la vie chaotique de ce personnage, un passé qui marquera le présent. Sean Durkin construit son film comme un puzzle pour qu’au fur et à mesure apparaisse une putain d’image. La dernière, celle d’un futur incertain. Révélé au grand public, le talent d’Elizabeth Olsen (drôle de mélange entre ses freaks de jumelles, Scarlett Johansson et Maggie Gyllenhaal) est ici égalé par celui de John Hawkes qui aurait très bien pu convertir toute la salle sans aucun mal. L’acteur bouffe une fois de plus l’écran par sa présence magnétique (la seule bonne chose de Winter’s Bone, c’était lui). La soeur Olsen n’est évidemment pas en reste. Par des gestes un peu gauches et un regard profond, l’actrice fout une boule dans la gorge qui ne s’en ira qu’une fois les lumières rallumées. Debout, face à l’équipe du film, il ne reste alors qu’une seule chose à faire : applaudir.

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