BRFF 2011 – Una Vita Tranquilla
Quadra dépressifs s’abstenir…
A 50 ans, Rosario est un immigré italien qui vit une vie tranquille dans la campagne allemande. Heureux chef de famille, propriétaire d’un hôtel-restaurant, respecté du voisinage et de ses employés, Rosario profite de ce havre de paix qu’il s’est bâti en une quinzaine d’années seulement. Mais un jour, deux jeunes italiens arrivent au restaurant et, confronté à son passé mafieux, Rosario doit faire des choix qui mettent en danger sa vie paisible…
Alors oui, je sais, encore une histoire de mafia aussi noire que l’encre que Dieu à pompé dans le cul des poulpes. Encore un film de mafia italien avec l’excellent Tony Servillo qui était déjà dans Gomorra et qui avait un premier rôle à peine moins mafieux dans Il Divo de Paolo Sorrentino. Mais Une Vita Tranquilla (Une Vie Tranquille), c’est encore et avant tout un putain de bon film et puis c’est tout. S’il brasse des thèmes connus avec un mystère à peine dissimulé, le script se concentre moins sur un univers Camorriste (comme c’était le cas de Gomorra) qu’il ne s’évertue à sonder le thème existentiel de la duplicité de l’être humain tiré en arrière par le poids de son passé. Traités avec justesse, ces histoires vieilles comme le monde valent toujours la peine d’être racontées. Elles remontent à l’essence du drame à condition de se laisser aller à l’émotion exprimée par les personnages du film.
Un film très européen dans son approche du langage. Chaque personnage parle une langue différente qui se situe quelque part entre l’Italien et l’Allemand. L’allemand de Rosario est presque parfait, l’italien de sa femme l’est un peu moins. Un enfant est bilingue, l’autre ne parle pas un mot d’allemand. Les deux jeunes s’expriment dans un napolitain obtus et, comme souvent, ce sont les non-dits qui font le reste des conversations : ce qu’on imagine, ce qu’on ne sait pas, ce que d’aucuns comprennent même lorsque c’est l’inverse qui est effectivement formulé.
Una Vita Tranquilla, c’est une histoire de famille qui tourne bien avant d’aller mal. Le troisième film du réalisateur Claudio Cupellini est aussi son plus réussi, juste suffisamment débarrassé de la symbolique, souvent lourde, que le réalisateur aime déployer dans ses oeuvres. Ici, il y a encore l’un ou l’autre passage superflu, twist inutile du scénario pour que le personnage principal puisse avoir une conversation avec Dieu, légère baisse de rythme un peu avant la fin due à des raccords trop elliptiques, mais une fin qui rattrape tout ça comme un filet qui boucle l’histoire tout en resserrant ses éléments ensemble. Quand le piège se referme, Cupellini pose la question de l’intérêt d’y échapper si ce n’est que partie remise et non une vraie fin en soi. Une bonne surprise dépressive.



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