Venise 2011 – Carnage

En adaptant la pièce à succès Le Dieu du Carnage de Yasmina Reza, Roman Polanski se replonge dans un exercice qu’il connaît bien depuis Macbeth ou Death and The Maiden.

Dans ce huis clos qui se déroule en temps réel, il est question de la rencontre de deux couples mariés après une querelle enfantine. Entendez par là qu’un des gamins a latté la face de l’autre avec une branche et que maintenant, c’est aux parents de s’expliquer entre quatre yeux.

Les parents en question, c’est d’abord le couple formé par John C. Reilly et Jodie Foster qui représentent la partie lésée tandis que Christoph Waltz et Kate Winslet sont les géniteurs du petit loubard. Passons vite là-dessus, les acteurs — minus Jodie Foster —sont vraiment bons. Elle, en fait deux caisses de trop, mais c’est son côté Harrison Ford au féminin qui veut ça. Faut bien se dire que quand un jeu se dégrade, c’est peut-être simplement  parce qu’on ne joue plus assez et qu’être acteur, c’est quelque chose qui se travaille un peu plus régulièrement que ça. Elle n’est pas catastrophique non plus. Imaginez Jodie Foster au théâtre et vous aurez une bonne idée du personnage de Penelope, femme au foyer frustrée, castratrice, férue d’art et de causes perdues. Si problèmes devaient se faire sentir au niveaux des acteurs, ça serait plutôt aux rôles écrits par Yasmina Reza qu’il faudrait en vouloir. L’auteure originale co-signe le scénario avec Popol, allusion à l’engin qui empêche le réalisateur de Repulsion d’aller tourner aux U.S.A. avec son casting de luxe. Qu’à cela ne tienne, Popol engage Dean Tavoularis (The Godfather) pour lui construire un appartement New-Yorkais dans un studio parisien avec de belles fenêtres vertes sur lesquelles il fait incruster des vues de la Grosse Pomme en CGI. C’est comme si on y était sauf qu’on y est pas, un peu comme quand Popol était en prison en Suisse, mais qu’en réalité, il était assigné à résidence dans un appartement un peu plus luxueux que la cellule dans laquelle Marc Dutroux se fait enfiler par le détenu qui a gagné le Bingo du samedi.

Si on revient sur cette histoire sordide, c’est parce que le stratagème de production de Carnage fait penser à une belle provocation lancée par Polanski aux autorités américaines. Je n’ai pas besoin de prendre l’avion pour tourner un film qui ressemble à s’y méprendre à de la pure comédie ricaine et à regarder de plus près, c’est tout le scénario qui prend un autre sens à la lumière des déboires judiciaires du réalisateur. Un fait divers sans gravité (deux dents cassées quand même) qui se résume à une agression faite à partir d’un symbole phallique ? Une affaire entre gamins (des jeunes inconscients de leurs actes) ? Des discussions absurdes et sans fin entre personnes qui se comportent comme des avocats qui discutent leur client ? Une victime qui n’en veut pas vraiment à son agresseur, mais des parents qui s’acharnent ? Et que penser de l’absence des enfants (ils ne font pas partie de la rencontre) dont l’un d’entre eux est carrément joué par le fils de Roman Polanski durant la séquence d’ouverture ? Réalisateur intelligent et incisif, Roman Polanski a forcément pensé à tout ça et le choix de réaliser Carnage maintenant n’est probablement pas innocent au vu des récents rebondissements dans ses petites affaires personnelles qui l’empêchent aussi de venir défendre son film en personne ici, à Venise.

Carnage a l’apparence d’un film léger, mais c’est peut-être aussi un film intéressant. Après, est-ce que c’est bien ? Mouais. Si vous n’avez pas peur de vous faire tchatcher votre race pendant 80 minutes, c’est pas mal, mais il faut aimer la narration théâtrale. Pour le reste, le film repose sur le principe des running gags qui s’additionnent jusqu’au boxon intégral et en ajoutant un peu de vomi et d’alcool là-dedans, Polanski arrive à raconter une histoire un peu marrante, mais un peu téléphonée aussi. À partir du moment où tu as compris que tout le film va se passer dans l’appartement, tu ne vois pas vraiment l’intérêt de faire croire 12 fois que les personnages vont le quitter, mais encore une fois, c’est un principe fort bien accepté au théâtre. J’ai juste une préférence pour le cinéma.

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Eva
8 September 2011
Shame
7 September 2011
Alpis
3 September 2011
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