Venise 2011 – Shame
Comme tout le monde, j’ai été impressionné par la maîtrise filmique de l’autre Steve McQueen sur Hunger, son premier film, mais sa présentation dans un contexte où ta panse menace d’éclater au prochain restaurant cannois ne permettait pas une profonde identification avec le sujet (pour rappel, l’extrême grève de la faim d’un militant indépendantiste). Michael Fassbender était impressionnant jusqu’à la limite de l’inquiétude, mais difficile de se sentir proche de son personnage. Quand les mêmes talents s’associent à nouveau pour le biopic fictif d’un trentenaire souffrant d’addiction sexuelle, je ne peux que reprendre à mon compte cette histoire et m’incliner devant Shame, présenté en compétition officielle de la 68e Mostra de Venise — vous savez? ce festival italien où le défilé de cochonnaille est permanent…
Shame est plus accessible que Hunger, mais il est traité avec le même soucis de radicalité. Fassbender se plie à toutes les exigences du rôle, au propre comme au figuré, et cet investissement apporte une crédibilité énorme à la matière (et un peu moins à la taille de mon propre organe reproducteur). Après tout, on vous demande seulement de croire au personnage et au contexte dans lequel il vit. L’histoire demeure dans le non-dit et lorsqu’elle est en partie formulée, notamment à l’issue du troisième acte, elle peine à faire l’unanimité de part un aspect trop forcé, comme si Steve McQueen s’imposait à contre coeur les restrictions d’un moule qui ne lui va pas vraiment.
Qu’importe, Shame est un conte urbain. New York, ville cosmopolite, est certes le théâtre financier des business les plus sérieux, mais aussi de tous les excès comme en témoigne le principe même du Voyeur Hôtel, lieu réel qui est utilisé dans plusieurs séquences film. C’est la ville de l’individualité, la scène parfaite pour illustrer les déviances dont souffre le personnage principal qui entretient avec sa soeur (Carrey Mulligan) une relation familiale symptomatique de la désintégration sociale, accélérée par les nouvelles technologies, le capitalisme effréné et le culte de la personnalité. Brandon, c’est Patrick Bateman sans la hache, mais avec le même gourdin permanent qui dévie l’irrigation sanguine de son cerveau.
Avec son thème fort et profondément actuel, Shame met le doigt sur une plaie de la société qui fait du bien quand on la gratte, mais qu’on regrette de voir saigner ensuite. Il pointe la honte masturbatoire, le porc qui sommeille en vous en veillant à ne pas faire l’impasse sur la fange tout autour, cette merde dans laquelle on s’enfonce quand on y met les pieds…












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