Venise 2011 – Tinker, Tailor, Soldier, Spy
Je n’aime pas John LeCarré. Son style British m’exaspère et je n’ai jamais été jusqu’à lire Tinker, Tailor, Soldier, Spy, son roman paru en 1974 et traduit en français sous le titre La Taupe. LeCarré est trop politique et excessivement moralisateur. Taupe pour Taupe, je miserais plutôt mon pognon sur Sopalin et Gerard De Villiers, mais j’ai ma propre interprétation littérale du livre de chevet qui, pour moi, doit servir au pieu et puis c’est tout. Heureusement, je n’ai pas les mêmes réticences pour Tomas Alfredson. Le réalisateur suédois a claqué le beignet des Twilight fuckers du monde entier avec Morse (Let The Right One In), le véritable renouveau du genre vampirique bénéficiant du style nordique de son cinéaste, lent, froid et hyper maîtrisé.
C’est avec le même style, avec style tout simplement, qu’Alfredson adapte La Taupe et cette fois, il vise un public plus large puisqu’il embarque un casting déjà bien établi (Gary Oldman, Colin Firth, John Hurt, Mark Strong, …) pour une première réalisation en langue anglaise. Métaphoriquement, sa version de La Taupe évite le guichet et concrètement, Alfredson d’exécuter parfaitement un contrat qui va le propulser aux cîmes d’Hollywood, probablement dès son film suivant. La Taupe est une reconstitution bluffante d’une époque (les 60’s) gangrénée par un système de renseignements secrets perfide (le MI6 de James Bond) aux rouages foutrement compliqués. La Taupe appelle probablement une seconde vision (et une troisième pour vous autres, abrutis) pour en saisir toutes les subtilités scénaristiques, mais il peut et doit être apprécié dès sa première vision.
Car le résultat est un film passionnant de bout en bout, qui coupe les poils de bites en quatre certes, mais qui vous les fait passer avec un bon Scotch pour éviter ce désagréable chatouillement de la gorge, celui qui fait tousser. Acteurs au poil (et ils sont quatre principaux, vous saisissez le rapport ?), histoire impossible à résumer au delà du titre évocateur et rythme à peine plus pentu que celui de Morse, mais parfaitement adapté à cette histoire qui prend son temps et qui finit incrustée comme une vilaine pisse de chat sur un sofa de velours cottelé.
Peut-être que La Taupe n’est pas aussi mainstream que ce qu’attendait Warner Bros. Peut-être qu’il y en aura, parmi les vieux grincheux, pour préférer le bouquin ou la mini série diffusée sur la BBC à la fin des 70’s avec Alec Guinness dans le rôle de George Smiley (ici tenu par Gary Oldman). Peut-être que vous allez décrocher en cours de film et peut-être qu’un peu plus tard, j’irais chier la baguette magique de Harry Potter que j’utiliserais pour rendre le monde meilleur. A commencer par l’éradication des détracteurs de Tomas Alfredson qui, en l’espace de deux films, s’installe au sommet du panier des réalisateurs européens les plus talentueux.












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