Killer Joe [Critique - Venise 2011]

On connait William Friedkin pour être le réalisateur culte derrière The French Connection et surtout The Exorcist, mais finalement, pour un membre de la bande à Steven Spielberg, George Lucas, Francis Ford Coppola et Martin Scorsese, l’homme n’a pas énormément de succès à épingler à sa filmographie, par ailleurs, relativement restreinte.

Il faut dire que les années 80 et surtout 90 n’auront pas été tendres avec Friedkin qui ne parvient pas à imposer ses films dans la tendance. Il décide alors de varier les registres et se fait très vite un nom en tant que metteur en scène d’Opera. Alors que le public cinéphile s’apprête à perdre sa trace, Friedkin revient discrètement leur mettre leur mère en 2006 avec Bug, un huis clos dérangé, compact et d’une efficacité remarquable en dépit de son budget et d’une promesse de grande distribution quasiment nulle. Sur la voie d’une nouvelle forme de radicalité qui passe par des personnages complètement timbrés, Friedkin fait encore mieux en adaptant une pièce à succès de Tracy Letts : Killer Joe.

Dans un trou à rat du Kentucky, un jeune dealer (Emile Into The Wild Hirsch) doit un paquet de fric à un tyran local qui a promis de lui taillader la gueule pour la porter par-dessus la sienne. Conscient que sa mère dispose d’une assurance vie considérable, cette petite frappe implique son bon à rien de père (Thomas ‘Sideways’ Haden Church), sa pute de belle-mère (Gina ‘Bound’ Gershon) et sa simplette de soeur (Juno ‘The Dark Knight Rises’ Temple) dans son assassinat qui doit être exécuté par un Marshall véreux surnommé Killer Joe (Matthew ‘j’en peux plus de mes abdos’ McConaughey). L’argent leur file sous le nez et Killer Joe s’avère aussi détraqué que dangereux lorsqu’il exige que son salaire impayé soit compensé par la virginité de la soeur, la pauvre souillon qui n’a pas toutes ses frites dans le même sachet…

Killer Joe est peut-être le meilleur film de William Friedkin. Loin des transpositions statiques à la Carnage, le film varie les environnements pour se distancer de la pièce originale et devenir une oeuvre cinématographique à part entière. Drôle, dramatique, bien écrit et interprété par de bons acteurs à qui l’on sert des scènes en or (la séquence ‘Suck my KFC’ restera dans les annales malsaines du cinéma), le film ne prend pas de gants lorsqu’il s’agit de dépeindre la cruauté de Killer Joe, véritable anti John Wayne qui n’hésite pas à exploser la tronche d’une femme à la James Gandolfini dans True Romance. Le personnage est d’autant plus dérangeant qu’il est interprété par un acteur qui n’a joué que des nice guys auparavant, fort de sa belle gueule de surfeur et son sourire Pepsodent. Le génie du film repose en grande partie sur cette trouvaille de casting et à y réfléchir de plus près, on voit difficilement qui d’autre aurait pu prendre le rôle en lui apportant un tel bagage de contre-sens…

Servi par une B.O. sudiste et une ambiance qui l’est tout autant, Killer Joe s’impose comme l’une des meilleures séries B de ces dernières années. On a hâte de découvrir ce que William Friedkin nous réserve pour son prochain film.

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Eva
8 September 2011
Shame
7 September 2011
Alpis
3 September 2011
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