Detachment [Critique - Deauville 2011]

Quand Tony Kaye, 59 ans, monte sur scène pour présenter son film, c’est pour laisser parler son distributeur français, le réalisateur préférant jouer un morceau à la guitare. La chanson terminée, Tony Kaye rejoint son siège sans même remercier le public qui l’applaudit chaudement. Sans doute sa manière très personnelle de laisser parler son film, comme chaque réalisateur le désire. Mais Detachment n’est pas un film comme les autres. Kaye n’avait effectivement rien d’autre à ajouter, le film n’en a pas besoin. Car quand les lumières se rallument, la seule chose à faire n’est pas de disséquer cette histoire, mais de se lever et d’applaudir un réalisateur au sommet de son art.

Treize ans après American History X, Tony Kaye livre en effet un nouveau film coup-de-poing. Après s’être penché sur le thème du racisme et de l’avortement (avec Lake of Fire), Kaye s’intéresse cette fois-ci au système scolaire américain. Adrian Brody interprète Henry Barthes, un jeune professeur remplaçant un peu trop idéaliste. Mais la dure réalité de son nouveau lycée va vite le faire déchanter. Si l’histoire vous semble familière, c’est parce qu’entre les One Eight Seven de Kevin Reynolds, Half Nelson de Ryan Fleck ou Dangerous Minds de John N. Smith, le thème a déjà été vu cent fois au cinéma. Mais ici, pas de jeunes rebelles qui se transforment en élèves modèles à la fin du film. Pas de montages musicaux. Et donc pas de Coolio.

Mais plutôt une noirceur crasse, brillamment mise en image par un réalisateur inspiré. Comme toujours, Tony Kaye s’improvise directeur de la photographie et le résultat, oscillant entre couleurs, noir et blanc et animations (sur un tableau d’école), sublime un univers désenchanté. Kaye ne semble reculer devant rien. Les scènes se suivent et semblent sombrer toujours plus dans une véritable misère sociale. Car aux problèmes scolaires s’ajoutent la prostitution, le suicide, la maladie et la drogue. Autant vous dire qu’une happy end n’est pas envisageable. Avec ses acteurs venus de tous les horizons (cinéma, télé, théâtre, ou des amateurs) tels que Christina Hendricks, James Caan, Lucy Liu, Marcia Gay Harden, Sami Gayle ou Betty Kaye (la fille du réalisateur), Tony Kaye continue ce qu’il avait commencé avec American History X. Lever le voile sur une Amérique que personne n’ose regarder droit dans les yeux. Un travail qui mérite bel et bien une standing ovation, que le public lui a justement offert.

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